La récompense alimentaire ! Miam !

 

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Avant de vous écrire un petit topo sur ce qui a changé dernièrement dans notre façon de travailler avec Enken, je me suis dit que ça ne ferait pas de mal de déconstruire quelques préjugés trop souvent entendus à propos de la récompense alimentaire.
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Préjugé n°1 : JE VAIS AVOIR UN CHIEN OBÈSE

 

Je suis du genre à récompenser beaucoup, et quand je dis beaucoup c’est vraiment BEAUCOUP ! Vous pouvez pourtant regarder mes chiens, ils sont loin d’être obèses ! Enken est plutôt du genre sec et athlétique (pareil pour Ramdam son prédécesseur) et Chaplin mon anorexique de service est carrément maigre (heureusement qu’il y a les poils pour cacher la misère). Alors le cliché du chien qui devient obèse en travaillant à la friandise, j’ai un peu de mal à y croire. Les chiens obèses que je connais seraient d’ailleurs plutôt du genre chien de canapé qui travaille jamais, donc encore moins des chiens qui travaillent à la friandise.

Pour ceux qui m’imagineraient experte en nutrition, en train de compter le nombre de friandises données pour ajuster au gramme près sa ration de croquettes, vous feriez rire tous les gens qui me connaissent. Suis plutôt une fille bordélique adepte du feeling et du « à l’arrache ». Mes chiens ont grosso-modo toujours la même ration dans leur gamelle (j’ai pas de mesure et je pèse rien), qu’ils aient travaillés ou non dans la journée, qu’ils aient gagné ou non beaucoup de friandises ce jour-là. Si je constate qu’ils deviennent plus enrobés, je vais diminuer un peu les rations, si à l’œil je les trouve un peu trop secs, je vais augmenter légèrement la ration. Je me fie à l’état du chien, comme je l’ai toujours fait, même bien avant de travailler avec la récompense alimentaire.

Si y’a encore des sceptiques, la prochaine fois que je baigne Chaplin, je leur envoie une photo de mon rachitique sans poils pour cacher le sac d’os xD.

 

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Préjugé n°2 : 
OUAIS PUIS DÈS QU’IL N’Y AURA PLUS DE FRIANDISE, MON CHIEN NE M’ECOUTERA PLUS

 

*Dégaine sa répartie fétiche* Hum mais toi qui bosse avec tes laisses, tes colliers, tes longes, en concours, t’as pas le droit de les avoir sous la main, pourtant ton chien travaille quand même ? Oui ? Et bien les friandises c’est pareil, ce n’est qu’un outil d’apprentissage comme un autre. Même si tu les utilises systématiquement quand tu apprends un truc nouveau à ton chien, à terme il est capable de travailler sans.

Bon ok. On connait tous des chiens (ou devrais-je dire des maîtres) devenus totalement dépendant du « délicieux bonbon » et qui foutent rien si on ne leur agite pas un truc appétant sous le nez. Mais il ne faut pas blâmer l’outil mais plus sa mauvaise utilisation. Souvent après avoir appris aux maitres à travailler avec la récompense alimentaire, on oublie de leur montrer comment l’enlever. On ne leur explique que les premières étapes d’un apprentissage sans aller jusqu’au bout de celui-ci et forcément ça marche pas.

Pour que le chien continue à travailler même sans sa friandise, il est important :

  • D’avoir travaillé les règles d’autocontrôle sur la nourriture avec son chien pour bosser avec (ne pas aller se servir seul dans le bol de friandises posé à terre quand on travaille par exemple)
  • De savoir passer de la nourriture-leurre à la nourriture-récompense
  • De savoir passer de la récompense systématique à la récompense aléatoire
  • De savoir diversifier le type de récompense qu’on utilise avec son chien (nourriture, balle, jeu avec son maitre, droit d’aller se baigner…). On en parle peu, mais plus on travaillera avec des types de récompenses différentes, plus ce sera facile de passer à la récompense aléatoire et moins le chien sera dépendant d’un certain type de récompense.
  • Accessoirement d’avoir appris assez tôt les « règles du jeu » à son chien. Avoir débuté l’apprentissage de 40 tricks différents avec son jeune chien en restant dans la récompense systématique pour chaque exécution (voire dans le leurring) comme on le rencontre souvent, est moins intéressant que de lui enseigner au moins un trick en allant jusqu’au bout de l’apprentissage et notamment jusqu’au principe de récompense aléatoire. [Les tricks sont chouettes pour ça, on peut apprendre les règles du jeu à son chien en travaillant des trucs qui servent à rien, donc sans pression]

Alors oui si VOUS vous travaillez correctement, votre chien continuera de vous écouter et d’obéir même quand la friandise ne sera plus présente, même avec rien dans les mains, rien dans les poches.

L’inquiétude ici était de travailler même sans friandise, et si on se posait la question inverse ? Est-ce que la présence d’une friandise va forcément conduire mon chien à travailler ?

La réponse est malheureusement non et il faut avoir l’honnêteté de le dire. La récompense alimentaire n’est pas une baguette magique. Parfois vous aurez beau être armé d’une valise remplie de dés de jambon à remuer sous le nez de votre chien, il en aura rien à faire et ne vous obéira pas pour autant.

Déjà, pour que la récompense alimentaire fonctionne, il faut que le chien soit en capacité de l’accepter comme telle. Un chien terrorisé ou en phase d’agression ne sera par exemple pas en état d’accepter de manger votre super-friandise. Il s’en foutra comme de l’an 40. On ne peut pas l’en blâmer. Imaginez qu’un homme cagoulé et armé d’un flingue face irruption dans votre bureau pendant que vous lisez ces lignes. Je pense que même si votre secrétaire vous apporte un repas gastronomique multi-étoilés Michelin, votre priorité ne sera pas de nouer votre serviette pour le déguster, vous aurez bien trop peur pour ça. C’est pareil pour les chiens ! C’est d’ailleurs pour ça qu’en méthodes positives, on s’ingénue à ne jamais amener un chien en rééducation jusqu’à ce stade de peur ou d’agression où il ne sera plus en état de « réfléchir » et « travailler ».

Et puis parfois la récompense alimentaire « ne fait pas le poids ». Essayer par exemple pour Enken d’échanger un homme d’attaque contre un dé de jambon serait une offense sans nom. Une vulgaire friandise ne vaut absolument rien contre l’espèce de grande saucisse en costume qui remue au bout du terrain. J’ai eu la naïveté d’essayer de lui proposer une balle et un boudin en échange d’une cessation petit… [Avec mon BAT ça avait marché]. Les gars en sont venus à me demander s’il aimait jouer. Bah oui, il est frappa dingue des balles et de son boudin, il adoooooooooore jouer, mais quand il est en train de mordre l’HA, y’a même pas une oreille qui frémit, un œil qui clignote pour regarder une vulgaire balle ou un stupide boudin. C’est comme si ça n’existait pas. Saleté de bestiole ! C’est frustrant pour la maitresse qui se démène à lui remuer sous le nez, mais c’est comme ça. [Heureusement y’a d’autres techniques possibles à utiliser dans ces cas-là]

Il faut donc accepter l’idée qu’une récompense même alimentaire ait ses limites. Et ce n’est qu’en acceptant et intégrant les limites de cet outil, qu’on peut travailler efficacement avec, au lieu de s’évertuer bêtement à essayer d’attirer l’attention de son chien sur son dé de jambon pendant qu’il rêve d’égorger le labrador du voisin.

 

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Préjugé n°3 : 
JE VEUX QU’IL TRAVAILLE POUR ME FAIRE PLAISIR, PAS POUR UN DÉ DE JAMBON

 

Aaaah le mythe du chien qui doit travailler pour faire plaisir à son maître et seulement pour lui faire plaisir. Même dans le cas d’un fort relationnel entre maître et chien, il serait plus juste de dire que le chien travaille pour se faire plaisir avec son maître et pas pour faire plaisir à son maître mais passons.

1/ Soyons pragmatique.

Pourquoi travaille-t-on avec la récompense alimentaire ? Parce que c’est efficace et moi j’aime les outils efficaces. Une étude récente de Megumi Fukuzawa et Naomi Hayashi (Department of Animal Resource and Sciences, College of Bioresource Sciences, Nihon University, Kameino, Kanagawa, Japan) comparant l’apprentissage d’ordres simples chez le chien à l’aide de trois différents renforçateurs (nourriture, caresses ou félicitations verbales) a démontré que pour l’apprentissage du « reste assis », l’utilisation du renforçateur (récompense) nourriture a diminué significativement le nombre de répétitions nécessaires à l’acquisition du comportement.

Sources :
L’article scientifique – http://www.journalvetbehavior.com/article/S1558-7878(13)00121-4/abstract
Un article en français sur cette expérience – http://adcanes.fr/efficacite-des-recompenses/

 

En bonne optimisatrice de ma fainéantise, je ne vais certainement pas bouder un outil qui me permet d’apprendre en deux fois moins de temps un comportement à mon chien. J’aime bien me faciliter la vie, voyez-vous.

2/ Utiliser le lien alimentaire à défaut d’avoir tissé des liens relationnels avec son chien

La nourriture et les chiens c’est une histoire assez universelle. C’est un instinct primaire lié à l’instinct de survie : pour survivre il faut se nourrir. A ce titre, cela reste un levier parfois le plus facilement activable quand on a rien d’autre sous la main pour motiver un chien. Y’a des chiens qui ne sont pas joueurs, des chiens qui ne sont pas à l’aise avec le contact, des races plus indépendantes que d’autres qui ne vont pas forcément rechercher l’interaction avec leur maître, des individus avec plus ou moins de will to please. En jouant sur l’appétence des récompenses voire à l’extrême sur l’état de faim du chien, la nourriture permet de travailler avec des chiens pour qui on se retrouverait assez démunis. Parfois le lien alimentaire est le premier lien qu’on arrive à tisser et ce n’est qu’à travers celui-ci, en permettant au chien et maître de travailler ensemble, d’avoir des interactions ensemble, que finalement l’un et l’autre arrivent à se rapprocher et à créer une véritable relation auparavant inexistante.

3/ En utilisant la récompense alimentaire ne devient-on pas qu’un simple distributeur de croquettes ambulant ?

A lire le paragraphe au-dessus c’est ce qu’on pourrait tristement conclure. Finalement je vais juste être un distributeur anonyme de croquettes pour mon chien. Où est la relation là-dedans ? L’envie de partager des choses ? La noblesse de travailler ensemble dans ces conditions ?

Paradoxalement, je trouve que la récompense alimentaire peut être une récompense tout aussi sociale que le jeu ou les caresses. Cela dépasse parfois les simples questions d’appétence, et de faim. La première fois que j’ai leurré un chien avec une friandise pour lui apprendre quelque chose c’était lors d’un stage école du chiot avec M. Ortega en personne (ça date !). RamDam, Berger Allemand de travail de son état, n’était alors qu’un jeune chiot de 3mois. Me v’la partie dans une suite au pied improvisée avec lui, une friandise sous le nez, la bestiole à donf sautillant à mes côtés. Réflexion de l’expert : « vous utilisez une friandise trop appétante, il faudrait utiliser quelque chose de légèrement moins délicieux pour qu’il soit moins à donf ». Vous savez ce que j’avais alors en main ? Une croquette, une banale croquette comme celle qu’il mangeait tous les jours et la bête avait, horreur, l’estomac bien plein avant de commencer la séance. Son enthousiasme à travailler alors n’avait rien à voir avec ce que j’avais en main, c’était un renforçateur pour apprendre, mais l’enthousiasme, la fougue, l’intensité, son envie de bosser avec moi venait du relationnel.

Autre exemple pour les sceptiques, même constat avec en guest star Chaplin, l’anorexique de la bande. Le seul chien capable de trier avec dégoût la viande que j’ai osé lui rajouter dans sa gamelle de croquettes, attrapant les morceaux du bout des dents pour les poser au sol. Il m’a haï ce jour-là je crois lool comme si je voulais l’empoisonner. Si j’essaie de lui filer un bout de fromage, de biscuit ou de quoique ce soit, il le renifle d’un air dédaigneux et va le poser au sol. Monsieur n’aime que ses croquettes, que ce soit dit ! (et encore c’est pas le genre glouton, mais mannequin avec sa feuille de salade). Pourtant, il bosse avec la récompense alimentaire, il bosse avec des dés de jambon, des bouts de gruyère et me décrocherait la lune pour obtenir un champignon ou un morceau de carotte. Là non plus ce n’est pas une question d’appétence ou de faim, le relationnel entre en jeu pour devenir la valeur ajoutée.

4/ Qui l’eut cru ! Plus le relationnel est grand, plus la récompense alimentaire est utile !

J’en vois déjà froncer les sourcils derrière leurs écrans. Cela peut paraître en effet bizarre, mais oui, c’est justement parce que je noue des relations très fortes avec mes chiens dans le travail au point qu’ils seraient prêts à décrocher la lune pour un « ouiiiiiii de ma part » et quelques câlins, que je suis, encore plus, obligée d’utiliser la récompense alimentaire.

Pourquoi ? Tout simplement pour pouvoir travailler certains exercices avec précision et calme.

Mes chiens sont tous totalement capables d’apprendre de nouvelles choses juste pour le plaisir d’interagir avec moi et de m’entendre leur dire « ouiiiiiiiii ». C’est ainsi que Chaplin a appris en imitant mon vieux chien à faire la révérence, il l’a copié uniquement pour obtenir mon attention, aucune autre récompense n’était en jeu.

C’est évidemment très plaisant d’avoir des chiens qui adorent bosser avec nous juste pour être avec nous. Il existe néanmoins un revers à cette belle médaille. Mes félicitations verbales enthousiastes ont tendance à faire monter mes chiens dans les tours et donc à rendre le travail de précision difficile. Quand je dis ouiiiiiii et que je les flatte, j’ai très vite deux kangourous à donf en face de moi, et très vite l’excitation générée par cette « joie débordante » risque de devenir un frein à l’apprentissage.

La récompense alimentaire elle, me permet une neutralité qu’il m’est difficile d’obtenir avec les félicitations verbales  car à travers ma voix, ce sont toutes mes émotions qui passent. Avec la nourriture, je peux récompenser très fortement mes chiens sans même, si je le souhaite, avoir besoin de dire un mot. Je peux récompenser énormément tout en gardant mes chiens : calmes, concentrés et donc plus précis. C’est à mes yeux THE avantage de la récompense alimentaire  et ce qui en fait un outil indispensable à mon artillerie.

5/ Un dernier petit mot pour enfoncer le clou : osons parler hiérarchie !

Soyons clairs, je n’ai aucune connaissance théorique, éthologique ou autre truc scientifique en -ique pour trancher le débat houleux autour de la hiérarchie entre humains et canins. Et pour tout vous dire, m’en fiche un peu, ça n’a jamais rien changé à ma vie en compagnie de mes bestioles.

Mais cet article ne serait pas complet s’il ne répondait pas non plus à un autre type de préjugés : « le chien doit obéir parce qu’on lui demande et c’est tout, parce que c’est nous le patron, et non pour un dé de jambon ».

Je suis la première à dire et penser qu’en effet, la notion de devoir est indispensable dans le travail. J’ai pas écrit un article dessus pour rien. Cependant, à titre personnel, je fais la différence entre les étapes d’apprentissage et celles de consolidation d’un comportement. La récompense alimentaire est pour moi un outil d’apprentissage qui intervient pour expliquer au chien ce qu’on recherche de lui en validant et renforçant le comportement souhaité. La notion de devoir n’intervient elle, à mon sens, qu’ensuite, quand « le chien sait ». Et à ce titre, bien évidemment il doit être capable de continuer à exécuter l’ordre demandé même en l’absence de toutes friandises (voir plus haut).

Mais je vais oser aller plus loin. Travailler avec de la nourriture c’est travailler avec une des ressources les plus importantes pour un chien. Si la gestion des repas fait partie des règles primordiales des lois hiérarchiques basées sur la dominance, ce n’est pas pour rien. Quand on bosse avec la nourriture, nous devenons celui qui en autorise l’accès, celui qui décide des règles pour l’obtenir, nous sommes « la clé », celui qui contrôle les ressources. Et pour l’autre camp du débat sur la hiérarchie, le leader est celui qui procure et contrôle les ressources.  Que ceux qui « veulent se faire obéir parce qu’ils sont le patron » se rassurent donc, travailler avec la récompense alimentaire est aussi une façon d’asseoir encore un peu plus son leadership. Travailler sur les autocontrôles face à la nourriture, apprendre à son chien à gérer sa frustration, établir des règles de travail avec celle-ci, être celui qui décide de quand le chien l’obtiendra (récompense aléatoire), apprendre au chien à nous respecter (pas question de nous bouffer les doigts ou de voler la récompense pour l’obtenir), qu’est-ce, si ce n’est renforcer son leadership ?

 

Conclusion

Je ne travaille pas avec la nourriture car mes chiens ne savent pas travailler autrement, je travaille avec pour sa valeur ajoutée. Tout outil a des avantages et inconvénients, la récompense alimentaire ne déroge pas à la règle. Il faut avoir conscience de ses limites, des pièges à éviter quand on travaille avec, mais il ne faut pas pour autant perdre de vue tout ce qu’elle peut nous apporter. Ce serait tellement dommage de s’en passer à cause de quelques préjugés.

3 réflexions au sujet de « La récompense alimentaire ! Miam ! »

  1. Cela conforte moins point de vue vis à vis de la « nourriture récompense » Agréable a lire et très clair je vais suivre avec beaucoup d’intérêt les autres Cani idées !

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