Qui travaille, dîne…

Qui travaille, dîne…

Dans les dernières aventures d’Enken, je vous présente « Enken chez le véto ». J’aurais, pour ma part, préféré vous conter ses aventures à la plage, à la ferme mais la bestiole en a décidé autrement. Monsieur a en effet eu la mauvaise bonne idée de développer des calculs urinaires et donc de passer sur la table d’opération il y a un mois pour retirer tout ça. Que son fan club se rassure, il va parfaitement bien et a retrouvé sa fougueuse belge attitude dès les pattes posées hors du bloc.

J’en vois déjà certains hausser les sourcils en se demandant le rapport entre le titre de cet article « Qui travaille, dîne… » et quelques cailloux dans une vessie canine. Et bien il y en a un ! Depuis cette mésaventure, Monsieur n’a plus le droit qu’aux croquettes – forcément hors de prix – prévenant la récidive des calculs urinaires. Hormis le fait que sa maitresse mangera désormais plus de nouilles (mais lui s’en fout, il aime bien ses nouvelles croquettes de luxe), nous avons surtout été obligés de revoir entièrement notre manière de travailler. Et oui, qui dit nouveau régime, dit adieu dés de jambon, morceau de gruyère et autres gâteries quand on travaille. La vie est dure !

 

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TRAVAILLER POUR MANGER

 

Les anglophones appellent ça le « hand feeding ». En clair et en français, cela consiste simplement à donner la ration du chien à la main en le faisant travailler, plutôt que de lui donner tout, d’un coup dans sa gamelle. Bien sûr l’idée n’est pas « travaille ou crève la dalle ». La ration reçue par le chien est toujours la même qu’il travaille ou non. Si on a le temps de bosser, il l’obtient en récompense croquette par croquette. Si on manque de temps ou si on ne lui a pas tout donné sur la séance d’entrainement, on lui file son repas du jour dans sa gamelle. Pas question de privation, chaque jour il mange à sa faim, rassurez-vous et n’appelez pas la SPA !

C’est une technique très pratique quand on bosse avec des petites races qui mangent si peu qu’on se retrouve vite limité pour récompenser un max les séances de travail en plus de leur gamelle. On peut l’utiliser aussi avec des chiens craintifs en leur donnant chacun de leur repas dans un environnement différent.

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MES RÉTICENCES

 

Le sujet n’est néanmoins pas nouveau et j’en avais déjà plusieurs fois discuté avec d’autres utilisateurs bien avant qu’Enken devienne un collectionneur de minéraux. Je n’en avais jamais nié les avantages, je me disais juste que c’était « pas pour moi ». Je restais réticente.

J’aime presque autant que mes chiens cet instant particulier dans la journée qu’est « la gamelle ». J’en use et en abuse pour demander l’exercice du mois en cours d’acquisition, travailler sur un truc où on bloque depuis quelques jours, ou consolider un apprentissage. De par la haute motivation qu’il génère, le moment de la gamelle est un outil à part entière dans mon escarcelle. Il s’ajoute aux séances de travail avec les récompenses alimentaires (avec mes dés de jambon) mais ne peut pas s’y substituer. Je me voyais donc mal m’en passer. Avec sa délicatesse légendaire *s’étrangle*, Enken est encore une fois venu bousculer mes convictions et m’a de nouveau pousser à revoir ma copie. Désormais nous « hand feedons » tous les deux ^^ (à notre sauce).

 

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EST-CE QUE CA A CHANGÉ QUELQUE CHOSE ?


Sincèrement ? Non. Que je le récompense avec des dés de jambon ou les banales (mais luxueuses) croquettes de sa ration, ça n’a rien changé en termes de motivation, d’intensité, d’envie ou de plaisir de travailler.

A ce titre, j’ai envie de citer Silvia Trkman, magicienne des tricks et multi-championne internationale récidiviste d’agility. A la question « Quelles récompenses utilisez-vous ? », voici ce qu’elle avait répondu :

« I’m afraid the catch is not in the treats I use… I use their normal kibble, the same they get for a dinner… It’s not for the treats they work. They work because they love working with me. I don’t use rewards to make them work, I use rewards to let them know what I appreciate most in their work. And I use them that much just because I like to reward and just can’t help myself.”

Traduction approximative : J’ai peur que la question ne soit pas les friandises que j’utilise… J’utilise leurs croquettes normales, les mêmes que celles qu’ils ont pour dîner… Ils ne travaillent pas pour les friandises. Ils travaillent parce qu’ils aiment travailler avec moi. Je n’utilise pas les récompenses pour les faire travailler, j’utilise les récompenses pour leur indiquer ce que j’apprécie le plus dans leur travail. Et je les utilise beaucoup juste parce que je tiens à les récompenser et que je ne peux pas m’en empêcher.

 

Tout est dit. Ca résume totalement ce que je vis avec mes zouaves et heureusement sinon la transition après son opération aurait été bien plus compliquée. Le changement de récompenses dans nos séances de travail s’est fait naturellement et sans problème, comme si rien n’avait changé. C’est juste une nouvelle organisation pour moi, sa ration du soir est prête dès le matin et je pioche dedans les jours où on décide de travailler un truc. Bon ok, j’avoue essayer d’en garder toujours un petit bout au fond de ma boite Tupperware, même les jours où on bosse beaucoup, voire je lui en rajoute une poignée, pour garder notre « moment sacré de la gamelle » et surtout ne pas créer de différences entre lui et Chaplin (qui a le droit de manger aussi même s’il travaille jamais lol).

 

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THE NEW JACKPOT ! VIVE LES CAROTTES !

 

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Je ne suis pas née en terres Rabelaisiennes pour rien et j’aime bien jouir des plaisirs simples de la bonne bouffe. Oups ! En maitresse totalement imparfaite, j’ai donc aussi tendance à partager ces plaisirs de la vie avec mes canidés. Ils n’ont jamais été abonnés au régime pur croquettes et rien d’autres. Partager un coin de ma tartine au petit-déjeuner et lécher le fond de mon yaourt font partie de nos petits moments à nous. Souvent gratuits, ces instants privilégiés qui rythment notre quotidien, me servent parfois de prétexte pour leur apprendre des bêtises. Chut !

Pour ne pas sacrifier à nos petites habitudes, nous sommes passés à la carotte. Mais attention, pas n’importe quel bout de carotte ! Je lui mets un joli ruban, je fais de sa sortie du frigo un rituel digne d’un protocole royal. J’en fais quelque chose de spécial pour qu’il se sente « spécial » en ayant l’immense honneur de pouvoir en avoir un morceau. Et il faut voir ses yeux briller quand je sors le légume orangé de sa barquette, je lui promettrais un bon morceau de gigot qu’ils ne pétilleraient pas plus d’envie. Vive les bouts de carottes, de champignons ou d’haricots verts !

Sa santé a changé la donne, pas grave, nous nous sommes adaptés 🙂

PS : Pour les médicaments, j’utilise le même subterfuge du protocole royal. Pas besoin de les forcer à les avaler, ce sont eux qui me supplient de leur filer, et le deuxième poilu de la bande regrette toujours amèrement de ne pas être malade pour avoir lui aussi le droit à son comprimé lol. Oui je les manipule, je sais, ne leur dites pas, c’est pour leur bien ^^

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