La séance photo, une vraie séance de travail ?

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Photo par Leeroy – Lifeopix

 

Ok, les chiens de travail sont faits pour être bon, pas beau. On se fiche totalement qu’ils soient jaunes à pois verts avec des oreilles d’éléphants, tant qu’ils ont toutes les qualités nécessaires pour travailler. N’empêche que pour moi Enken est le plus beau ! J’adore son masque noir, sa bouille de coquin, ses poils de hobbit entre les doigts de pied et je trouve même un certain charme au fait qu’il louche. Je ne suis pas totalement objective, je sais, mais j’en connais d’autres qui ne le sont pas plus avec leurs propres toutous ^^.

Du coup, je suis sans arrêt en train de le (les) prendre en photo. Mes disques durs débordent de portraits de chiens en train de poser devant tout et n’importe quoi. Je suis un peu fada avec ça, au grand désespoir d’Enken. Les premières photos, ça va, mais au bout de la trentième, je le gonfle prodigieusement. Faut dire aussi que tous les dix mètres je m’arrête pour lui demander un assis pas bouger parce que l’angle de vue est trop chouette à cet endroit, et que pour chaque spot, je le mitraille pendant des plombes en faisant des bruits ridicules pour attirer son attention et choper THE regard (qui louche), et THE photo.

La vie de mannequinat canin n’est pas de tout repos. Que c’est dur d’être beau ! Les vôtres le savent aussi, je suis sûre !

Tout ceci ne pourrait être qu’une anecdote de vie canine mais je travaille plus de choses qu’on ne peut l’imaginer au cours de ces séances photos. Pourquoi ? Parce que ce ne sont pas de véritables séances de travail pardi !

Hein quoi ?
Ok je vous explique.

Imaginons que je travaille avec mon chien l’ordre « pas bouger ». Ces séances de travail vont être rigoureusement réfléchies. Le paramètre « durée » sera progressif. Je récompenserai l’exercice à chaque belle exécution ou tout du moins régulièrement de manière aléatoire. L’apprentissage sera structuré. Quand je demande un assis ou couché pas bouger pour prendre une photo, la durée dépend uniquement de la prise de vue que je cherche à faire et j’ai rarement un truc sous la main pour le récompenser.

Dans les séances photos, je me heurte donc à la loi d’apprentissage qui dit que :
« Un comportement qui n’est pas renforcé à tendance à s’éteindre »

Pour la première photo, la bestiole est à fond, « regarde maîtresse comme je fais bien le pas bouger ! » Même si je ne récompense pas sur les suivantes, ce n’est pas grave, « c’est comme d’habitude, c’est à cause de son truc appelé aléatoire, je suis sûr, je vais l’avoir au prochain pas bouger ». Mais ne voyant toujours rien venir, il finit par n’avoir plus aucun espoir de gagner quoique ce soit.

C’est là qu’apparaissent les signaux d’apaisement. Il tire la langue, cligne des yeux, il ignore vos petits bruits étranges pour attirer son attention, il gâche toutes vos photos en tournant la tête au dernier moment. Pas besoin d’être comportementaliste canin pour comprendre ce qu’il est en train de vous dire : VOUS LE SAOULEZ AVEC VOS PHOTOS A LA NOIX !

Je passe alors en mode maîtresse indigne. Je continue à le gonfler avec mes photos, j’insiste pour qu’il exécute ce que je demande malgré tout, malgré les signaux d’apaisement qu’il m’envoie, parce que je sais pertinemment qu’il ne me les envoie pas parce qu’il est dans une détresse psychologique ou physique intolérable, ou parce qu’il ne comprend pas ce que je lui demande, non, il me trouve juste chiante. Et bien oui, je suis une maîtresse chiante et je l’assume !

Derrière tout ça se cache néanmoins une véritable séance de travail (même si elle est totalement involontaire de ma part). En effet, quand le chien n’a plus aucun espoir de recevoir une récompense en échange de son travail, quand vous le saoulez sans aucun doute possible, ce n’est plus la motivation qui le pousse à obéir, c’est la notion de devoir.

L’air de rien, quand je le mitraille devant un château, une église, un tracteur pendant des heures, je travaille le devoir. Bien évidemment, la motivation est une pierre angulaire de l’entrainement et je souhaite avant tout que mon chien trouve un intérêt et du plaisir à exécuter ce que je demande. Je travaille énormément à la récompense. Mais je me dis que si un jour pour une raison X ou Y, il se met en concours à trouver ce que je demande « chiant », une part de lui saura qu’il a le droit de trouver ça chiant mais que ça ne le dispense pas d’obéir.

Et cerise sur le gâteau, quand j’en suis à la quarantième photo devant le même lac, que ça fait déjà 10 photos que je le gonfle, qu’il s’exécute plus par obligation que par envie, et que par le plus grand des hasards il m’offre un joli pas bouger/assis/ou coucher, pouf une balle sort de mon chapeau ! Miracle ! Je travaille alors l’endurance au travail, je crée un petit doute en lui, car oui, monsieur, même quand on croit qu’il n’existe plus un seul petit espoir de récompense, on ne sait jamais, ça peut tomber quand même quand on s’y attends le moins, après des heures de randonnée sans rien. Alors il y croit un peu plus longtemps la prochaine fois. Il espère. Et quand il y a espérance, il y a motivation ! Alors, à vos APN !

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