LE RAPPEL : Episode 2 – L’apprentissage

La chose la plus importante à ne jamais oublier
LE RAPPEL EST UNE CHOSE SACRÉE

Pas la peine néanmoins de brûler un cierge et de prier les saints,
un bon rappel ne tient pas du miracle ou de la chance,
il est le fruit d’un travail patient et rigoureux.

cartoon-clip-art-dog_427713 Alors pourquoi sacré ?

Parce que le rappel, surtout dans sa phase d’apprentissage, reste fragile.
Il faut savoir en prendre soin, le bichonner si on veut pouvoir un jour se dire que c’est gagné.

Choisissez votre ordre de rappel et à partir de maintenant réfléchissez bien avant de le donner. Il est votre trésor, ne le gaspillez pas. Si vous le donnez à tort et à travers toute la journée, si vous l’employez pour tout et rien, il finira par n’être qu’un bruit de fond pour votre chien.

Si vous voulez seulement que votre chien se lève pour passer l’aspirateur sur son tapis, demandez-lui avec un « viens », ou tapez simplement sur vos cuisses pour l’appeler. Si vous voulez l’interpeller sans forcément vouloir absolument vous faire obéir, pareil, demandez un « on y va pépère » ou ce que vous voulez (oui oui même un surnom affectueusement ridicule), mais n’utilisez pas votre ordre sacré du rappel. Lui, il est pour les occasions spéciales, lui il n’aura jamais le droit d’être désobéi, lui ne devra jamais être prononcé deux fois pour être exécuté. Si vous voulez qu’il soit un ordre sacré pour lui, ce doit être un ordre sacré pour vous ! Ne le gaspillez pas ! Un jour, il sauvera peut-être la vie de votre chien, en l’empêchant de traverser une route devant une voiture. Pensez-y.

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cartoon-clip-art-dog_427713  Une seule règle. Je ne rappelle que quand je suis sure à 99,9% d’être obéi.

L’apprentissage du rappel avec mes chiots est aussi simple que ça. Je donne mon ordre de rappel que quand je suis sûre, certaine, totalement convaincue, qu’ils vont revenir.

Au début, je rappelle donc quand ils sont déjà en train d’accourir vers moi, alors qu’il n’y a plus que quelques mètres pour nous séparer. Puis je vais toujours donner mon ordre quand ils courent vers moi mais à 5-6 mètres de l’arrivée. J’augmente petit à petit la distance jusqu’à pouvoir rappeler alors que mon chiot n’a même pas encore démarrer (mais qu’il me regarde, déjà prêt à revenir). Puis, je corse encore l’exercice, en donnant mon ordre de rappel quand mon chiot est à l’arrêt, qu’il ne me regarde pas sans pour autant être occupé à autre chose. Ou par exemple quand je sens en ballade qu’il arrive aux limites de notre cercle invisible et qu’il va s’arrêter pour m’attendre (voir article). Et ainsi de suite…

Mais même si j’ai ces différentes étapes chronologiques du rappel en tête qui me permettent de visualiser le rappel « du plus facile au plus difficile », c’est surtout une question de feeling. Je dois sentir que là, sur ce rappel précis, c’est gagné finger-in-the-nose et que rien ne l’empêchera d’arriver jusqu’à moi. Dès qu’il y parvient c’est méga-fête-de-la-mort-qui-tue et récompense avant de le laisser retourner à ses occupations. Si j’ai un doute, même minuscule, souvent je choisis de ne pas rappeler, je ne joue jamais mon rappel à la loterie.

Cette ligne de conduite demande beaucoup de cohérence de la part du maître, pas toujours facile de savoir se taire et de savoir économiser ses rappels. C’est plus compliqué pour l’humain que pour le chien en fait cette histoire mais on a tellement à y gagner !

Construire des fondations solides

Le rappel est par excellence l’ordre que le chien doit exécuter sans se poser de question quel que soit le contexte. On pourrait donc voir d’un œil critique le fait de ne rappeler le chien que quand on sait qu’il va obéir, de s’adapter ainsi aux circonstances plutôt que de demander un rappel en toutes circonstances. Je suis d’accord, mais encore une fois tout n’est qu’une question d’étapes. Ici, nous n’en sommes qu’aux toutes premières briques de notre rappel. Nous construisons les fondations de notre maison, des fondations bien solides. Pour l’instant, votre chiot ne peut, et NE DOIT que pouvoir réussir l’exercice. Ça doit devenir son jeu préféré, un truc génialissime, il doit adorer revenir vers vous. Le reste viendra plus tard.

Mais croyez-le ou non, en multipliant ainsi les bonnes expériences autour du rappel pendant les premiers mois de sa vie, déjà le grand bluff fera son effet. Votre chiot finira par ne même plus savoir qu’il pourrait faire autrement, revenir sera devenu un réflexe, il entend l’ordre, il revient au galop. Ensuite faudra peaufiner tout ça, mais en s’appuyant sur vos bases en béton armé, le plus dur sera derrière vous.

Ça y est : il a le déclic !

Y’a un truc rigolo qui arrive inévitablement quand je m’amuse ainsi à travailler le rappel avec mes chiots : ils finissent tous par tellement aimer ça qu’ils essaient de le provoquer. Sont pas bêtes ces bestioles ! Elles captent très vite qu’on les rappelle quand elles s’éloignent un peu (on fait rarement des rappels sur 20 cm). Pour provoquer notre rappel (c’est tellement chouette d’être rappelé), elles se mettent donc à « faire genre » je m’écarte, je vais un peu plus loin, tout en se contorsionnant pour jeter un œil sur nous. « T’as vu là je m’écarte, dis, dis, rappelle-moi s’il te plait. ».

On peut donc parfaitement profiter du travail du rappel pour renforcer également le « éloigne-toi ». Je le code perso (sans le récompenser) par un « va-jouer » plus politiquement correct qu’un « dégage tu me saoules à me coller comme ça » même si dans la vie de tous les jours ce sera souvent son futur sens caché loool.

Ce qui est sûr, c’est que quand mes chiots commencent à jouer à « regarde comment je m’éloigne, rappelle-moi », le déclic pour le rappel a eu lieu. Ils sont devenus accros, à moi de m’en servir intelligemment ^^

Plus on capture un comportement en le récompensant,
plus le chien le proposera spontanément,
plus il le proposera, plus on pourra y associer un mot, un ordre,
plus on pourra le récompenser, plus on pourra fixer le comportement.
Le cercle vertueux est en marche.

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cartoon-clip-art-dog_427713   Le rappel du chiot « occupé »

Et oui, ce n’est pas parce que je ne rappelle mes chiots que quand je suis totalement persuadée qu’ils ne peuvent que revenir, que je ne travaille pas mon rappel « sous hautes distractions ». Votre chiot va devoir apprendre à revenir même s’il est occupé à renifler une merveilleuse odeur, à barboter dans une flaque d’eau, ou à jouer avec un super pote canin. Et ça, ça commence : maintenant ! Oui, oui, maintenant, tout de suite, dès le départ, même s’il n’a que deux mois et demi !

« Mais je croyais qu’il fallait pas le rappeler quand il était occupé et qu’on n’était pas sûr qu’il revienne… »

C’est vrai. C’est pour ça que je travaille mon rappel sous diversion autrement, en m’inspirant du comportement de mes propres chiens.

Ceux qui ont des adultes avec leurs chiots les ont sans doute déjà vus faire. Vous rappelez les « vieux », ils reviennent au triple galop vers vous, mais parfois le chiot lui a « loupé le coche », il est resté à contempler ses papillons et n’est pas revenu. Ni une, ni deux, que font les vieux : ils vont le chercher ! (et eux n’aboient pas à 10m dans l’espoir que le petit les rejoigne comme le ferait un humain avec son rappel). Je procède donc de la même manière avec mes chiots.

Quand celui-ci est totalement absorbé par autre chose que moi (odeur, chiens notamment), je me déplace pour me positionner à sa hauteur, idéalement au début entre mon chiot et l’objet de son attention pour « couper le lien entre les deux ». Je récupère le contact visuel avec mon chiot et seulement là je le rappelle en l’aspirant/reculant sur 1m. Big récompense à l’arrivée et je laisse le chiot retourner à son odeur ou à sa partie de course-poursuite avec le copain chien.

En grandissant, on a de moins en moins besoin de se placer entre le chiot et la distraction pour couper le contact, et on arrive à le travailler en s’approchant de moins en moins de lui, jusqu’à obtenir un vrai rappel à distance sans se déplacer. Mais, pour ça il faut travailler et acquérir ce « switch » de plus en plus rapide du chiot de la distraction à nous, abandonnant le truc fun de l’environnement pour le truc fun qu’est interagir avec nous.

Et si par malheur un jour vous donnez l’ordre de rappel à votre chien et qu’il ne revient pas (ça arrive même aux meilleurs un instant d’égarement), c’est cette même technique qui viendra à votre rescousse. On ne répète pas l’ordre en restant à distance, non on se déplace pour aller chercher le chien :

  • d’une manière aussi joyeuse et ludique que dans le cadre du travail avec diversions quand ils sont petits,
  • d’une manière un peu plus froide et déterminée avec un « ho qu’est-ce que tu fous ? » quand ça a grandi et que ça esquive l’ordre acquis et maitrisé.

Le contact visuel

Si j’ai insisté sur le fait de rétablir le contact visuel entre lui et nous ce n’est pas pour rien. D’ailleurs, de nombreux éducateurs commencent par renforcer au clicker le fait que le chiot tourne la tête vers eux comme pré-requis pour le rappel, ou débutent l’apprentissage en renforçant au clicker d’abord la séquence « je fais un bruit pour attirer son attention, il vient vers moi » avant d’intercaler l’ordre de rappel entre le bruit pour attirer son attention et le clic puis enfin de se passer du bruit pour attirer son attention pour ne garder que l’ordre de rappel. Quand on a obtenu le contact visuel de son chien, c’est déjà 70% de gagné.

Ce qui peut aider

Dans l’éducation d’un chien tout compte, tout s’entremêle. Ici aussi, certains apprentissages hors rappel peuvent vous aider dans votre travail sur le rappel sous haute diversion. C’est le cas par exemple de l’apprentissage du « laisse ça » (via le refus d’appât qui peut ensuite se décliner sur toutes les stimulations tentantes, ordre qui apprend au chiot à abandonner et ignorer ce qu’il convoite). Avec cet ordre-là, on travaille aussi le « switch » du chien de ce qui l’attire à nous. Ne pas oublier non plus qu’un ordre de rappel c’est avant tout un ordre comme n’importe quel ordre. Un chien qui aura appris à jouer avec son maître et encore mieux à travailler avec son maître (donc à obéir) dans des milieux riches en distraction aura plus de facilités à acquérir le rappel dans n’importe quel contexte.

cartoon-clip-art-dog_427713   Quand votre chiot arrive vers vous, c’est pas fini !

Même s’il arrive à toute berzingue vers vous, faut pas se reposer sur ses lauriers. La manière de récompenser et la libération du chiot sont tout aussi importantes que le reste de la séquence dans l’apprentissage d’un bon rappel.

La récompense

Il faut faire attention à récompenser le chiot le plus proche possible de soi pour éviter le problème du chien qui reste dans le mètre mais tourne autour du maître sans se laisser attraper. Il ne faut d’ailleurs pas chercher à attraper son chien quand il arrive (on lui apprend surtout alors à esquiver la main qui se penche vers le collier, mais récompenser plutôt le fait qu’il reste avec nous et proche de nous (via le jeu, les papouilles) avant de repartir (quand il est libéré).

Attention également à ne pas confondre récompense et leurre : le coup classique du pouic-pouic pour attirer l’attention du chien et du chien qui ne sait pas revenir s’il n’y a plus le pouic-pouic. Je l’avais longuement évoqué dans cet article sur le leurre.

C’est évident mais je rappelle tout de même que chaque retour du chiot à son maître doit être une fête, quel que soit le temps qu’il a mis pour revenir. Si vous engueulez votre chiot quand il revient, vous lui donnerez tout sauf l’envie d’obéir et de revenir la prochaine fois ! Faites le stock de verveine, ça va aller 🙂

Le petit plus

Quand la récompense utilisée sur les rappels est alimentaire, on peut faire d’une pierre deux coups en leurrant le chiot à l’arrivée pour lui faire prendre la position de base au pied (assis à gauche du conducteur au niveau de la couture du pantalon). Et quand il y est, explosion de joie, récompenses et tutti quanti. Je suis fainéante, si je peux bosser deux choses à la fois, moi ça me va !

La libération

C’est THE truc à ne pas zapper. Si vous me lisez régulièrement, l’utilisation d’un ordre de libération n’est pas nouveau dans le paysage. Comme pour tous les autres apprentissages, histoire de rester cohérent dans son éducation, le rappel n’échappe pas à la règle. Je donne toujours mon ordre de libération (mon ouiiiiii souvent associé petit à la récompense) pour l’autoriser à repartir.

Ce qui est important de noter ici c’est cette notion du « tu as le droit de repartir après ». Si chaque fois que votre chiot revient à vous, vous le rattachez et finie la balade, Monsieur sera pas longtemps fou. Très vite, il reviendra de moins en moins bien pour pouvoir continuer à chasser des libellules en toute quiétude.

Pour avoir un bon rappel, il faut savoir laisser repartir son chiot !

L’astuce

Prévoir à l’avance un nombre de rappels à réaliser au cours de la séance ou de la promenade avant de rentrer. Le chiot ne doit jamais pouvoir deviner quel rappel sera « le dernier rappel ».

 

cartoon-clip-art-dog_427713  Dernier piège à éviter : ne pas confondre encouragements et supplications (voire répétition de l’ordre)

Cours d’éducation canine un dimanche matin. Un par un les chiens font l’exercice du rappel, l’éducateur les tient à l’autre bout du terrain, pendant que les maîtres les rappellent. C’est le tour de Jade, la labrador. Son maître l’appelle, elle reste les fesses par terre sans réaction. Faut l’encourager qu’on dit au maître, rappelez, rappelez, accroupissez-vous, tapez dans vos mains. Jade au pied, Jade, Jade au pied. Jade arrive, mais en cours de route, une odeur la dévie de son chemin, rappelez, rappelez !

Je ne jette pas la pierre aux éducateurs, j’ai fait exactement la même chose pendant des années de « trompette ». Sauf que pour MES chiens, je suis la première à dire NE JAMAIS REPETER L’ORDRE ! Si on répète l’ordre, on apprend au chien à attendre le deuxième, ou le troisième pour s’exécuter. Pourquoi s’emmerder à répondre au premier puisque le truc à deux pattes va recommencer de toutes façons.

J’encourage aussi mes chiots/chiens quand je rappelle : « Au pied, c’est bien, au pied, au pied, très bien bonhomme, au pied ». Il m’arrive de m’accroupir et de taper dans mes mains avec mes chiots. Mais, je le fais uniquement quand le chiot est déjà en train de courir vers moi. Je le fais pour encourager, féliciter, accroitre sa motivation et donc sa vitesse de retour, je répète l’ordre pour qu’il associe bien le mot au comportement. Mais il est en train de revenir !

Je ne suis pas en train de le supplier de bien vouloir daigner revenir à moi, puisqu’il est déjà en train de revenir. Je ne veux pas que mon chien pèse le pour et le contre pour savoir si ça vaut vraiment le coup de venir, si j’ai l’air assez fun à taper dans mes mains pour lui donner envie de revenir. Je veux que ce soit un réflexe. J’appelle, tu reviens, c’est tout, pas besoin de négocier ou de supplier. Alors quand Jade ne lève pas les fesses, là-bas à l’autre bout du terrain quand je l’appelle, je ne redonne pas l’ordre, je ne gesticule pas dans tous les sens, non je fais comme pour n’importe quel autre ordre. J’abaisse le critère de difficulté et je l’accompagne pour lui permettre de réussir, autrement dit, je vais jusqu’à elle (oui à l’autre bout du terrain faut marcher), et je rappelle une fois et une seule en l’aspirant avec mon mouvement comme expliqué précédemment. Le mieux restant dès le départ de ne pas placer le chiot/chien en situation d’échec possible, bien évidemment.

 

Après cette loooooongue tirade,
j’espère au moins que j’aurais réussi à vous convaincre
de bichonner votre ordre de rappel pour ne pas l’abîmer
en l’utilisant à tort et à travers.
Pour les chiens adultes d’ailleurs qui n’ont pas ou plus de rappel,
l’une des premières choses possible à mettre en place peut être simplement ça : prendre un nouvel ordre, recommencez à zéro, et cette fois-ci y faire très attention pour qu’il reste « l’ordre sacré du rappel ».