L’HABITUATION EUH.. C’EST QUOI ?

 

C’est une de ces choses dont on se sert tous les jours sans s’en rendre compte et qui pourtant nous est très utile dans l’apprentissage. C’est même une forme d’apprentissage basique pour toutes les espèces, humains et chiens compris.

 

 

 

Fermez les yeux et laissez vous guider dans le monde de l’habituation (enfin pas trop fermés les yeux si vous voulez pouvoir continuer à me lire… Bon d’accord c’était stupide de ma part, ouvrez les yeux et contentez-vous d’imaginer).

 

Imaginez une salle de réunion. Vous venez d’être embauché, c’est votre premier jour et vous êtes conviés avec vos nouveaux collègues à la réunion hebdomadaire de la boite.  Dès que vous avez franchi la porte, tous vos sens se sont mis en éveil pour découvrir leur nouvel environnement : la couleur de la moquette, la disposition des chaises, les longs cheveux blonds de la secrétaire, le bruit du café en train de couler, l’odeur des croissants – c’est une boite imaginaire, on peut bien rêver au luxe d’un café et de croissants à chaque réunion – Vous êtes stimulé par tout ce que vous ne connaissez pas, tout ce qui est nouveau pour vous, c’est-à-dire à peu près tout.

 

Et puis au fil des semaines, à force de réunions hebdomadaires dans cette même salle avec la même moquette, les mêmes chaises, les mêmes cheveux blonds de la secrétaire, et le café-croissant rituel, vous finirez par ne plus vous intéresser à tous ces détails car finalement rien a changé dans votre environnement. Dans le jargon scientifique, on dit que l’exposition répétée de la même situation entraine une diminution progressive des réactions des systèmes sensoriels, une diminution progressive donc de l’attention visuelle, auditive, tactile, olfactive. Pourquoi ? Parce que nous avons analysé notre environnement, nous le connaissons, nous savons tout simplement qu’il n’y a rien de dangereux et que nous n’avons plus besoin de faire attention. Nous sommes des « survivors », il ne faut pas l’oublier.

 

Par contre, si d’un seul coup Stallone fait irruption dans la salle de réunion armé d’un lance-rocket, vous pouvez être sûrs que tous vos sens vont se réveiller et se focaliser sur lui et pas sur la couleur de la moquette (des fois qu’il soit dangereux, la moquette c’est bon, on a déjà vérifié !). Plus sérieusement, vos sens ne vont se réveiller que si quelque chose de nouveau survient : quelqu’un qui entre en claquant la porte un peu plus fort, la nouvelle couleur de cheveux de la secrétaire (rouge vif évidemment) ; et le regain d’attention se portera sur ce qui n’était pas prévu pour votre cerveau quand il est entré dans cette salle qu’il connaît par cœur. Et c’est ce qui nous sauve ! Si nous nous mettions à réagir à tout, notre vie serait absolument insupportable. Elle serait à l’image de celle de ces super-héros qui se découvrent un nouveau superpouvoir auditif ou dont le don de télépathie se détraque. Impossible de dormir, de se reposer, de se consacrer à n’importe quoi, notre cerveau serait assailli d’informations. Heureusement, l’habituation est là et nous apprend à ne pas réagir à certains stimuli connus, de s’habituer à son environnement !

 

 

 

A quoi ca sert ?

 

A se concentrer sur ce qui est nouveau dans notre environnement, sur ce qui est important, et donc à consacrer ses ressources attentionnelles par exemple à la tache « APPRENDRE ».

 

Quand Enken n’était encore qu’un jeune chien, un utilisateur du club me demandait où et comment je travaillais avec lui, m’expliquant que le mieux était de travailler toujours au même endroit et toujours suivant le même rituel. Etant un peu bohème sur les bords, et ayant pour habitude de travailler mes chiens absolument n’importe où (Pour son 1er rappel de vaccin, Enken travaillait déjà son assis dans la salle d’attente du véto, c’est dire !), il m’était difficile de comprendre sa conception des choses. Pourtant… sans en avoir conscience, je l’appliquais déjà !

 

Autant, avec mes chiens, je peux travailler n’importe où, les ordres qu’ils maitrisent déjà un minimum (même en plein milieu d’une fête de la musique ou d’un hall de gare), autant chaque premier apprentissage d’un ordre se fait dans le cocon douillet de ma cuisine. Ma cuisine, c’est notre laboratoire, là où j’essaie des trucs, où je fais découvrir à mes chiens de nouveaux ordres, de nouveaux apprentissages, de nouveaux jeux, de nouvelles bêtises. Ma cuisine, c’est là où ils vivent, c’est leur lieu archi-connu à eux. Et c’est là que Mme Habituation intervient. Ils y connaissent l’odeur des lieux, la couleur, le bruit de la radio que j’écoute habituellement, ma tenue, mes postures, le mouvement des arbres qu’on aperçoit par la fenêtre, ma façon de poser mes friandises sur l’évier avant de commencer, de prendre mon clicker… Ils connaissent tellement tous ces stimuli qu’ils n’y font plus attention, la seule chose nouvelle qui peut apparaître dans leur champ sensoriel, ce sera moi qui l’apporterais. La seule chose nouvelle dans leur univers fermé sur laquelle ils doivent se concentrer, ce sont mes simagrées qui tentent de leur expliquer un nouvel exercice. Toute leur attention est focalisée sur ce nouvel apprentissage et rien d’autre puisque le reste est inintéressant au possible. N’est ce pas merveilleux autant de concentration ?

 

Première règle de l’utilisation de l’habituation :

Travailler les nouveaux apprentissages toujours au même endroit et toujours suivant le même rituel pour éviter de perdre les ressources attentionnelles de son chien à autre chose.

 

 

Oui mais… comme je suis une fille bohème,

j’aime bien travailler partout à l’instinct,

et il m’arrive même d’apprendre un exercice totalement nouveau

 à un de mes chiens ailleurs que dans ma cuisine.

 Faites ce que je dis, pas ce que je fais.

 

 

On classe généralement la difficulté d’exécution d’un exercice appris en fonction du degré de distractions.

 

Par exemple, on conseillera aux gens de travailler le assis :

 

      d’abord tranquillement chez soi dans son salon (ou dans sa cuisine pour moi)

      puis dans son jardin (lieu connu pour le chien mais plus riche en stimulations)

      dans un champ désert ou en pleine forêt

      dans un parc peu fréquenté

      dans un parc très fréquenté mais assez loin de l’agitation

      dans un parc très fréquenté un peu plus près de la foule

      puis au milieu de la foule

      puis au milieu de la chose la plus difficile à ignorer pour son chien (genre à côté d’une rivière pour les accros de l’eau, à côté d’autres chien en train de jouer etc…)

 

 

En fait, on peut habituer un chien à un nouvel environnement de travail et à force de le confronter à cette situation là, l’habituer à ne plus y faire attention.

 

La première fois qu’un chien arrive dans un club canin, il est en général intenable et déprime totalement ses propriétaires (mais pourtant à la maison il m’écoute !). Oui mais à la maison, il connaît, là, il découvre plein de nouvelles odeurs, de nouvelles personnes, des chiens qui remuent dans tous les sens, et tous ces sens papillonnent de l’un à l’autre pour emmagasiner un maximum d’informations. Il est tellement occupé avec tous ces stimuli qu’il en est devenu comme sourd et aveugle à tout ce que vous pouvez dire ou faire. Ben vi, vous il vous connaît par cœur, c’est pas drôle.

 

Heureusement, si vous êtes régulier et si vous revenez souvent dans ce club, l’habituation finira par faire son œuvre et il finira par moins se concentrer sur son environnement pour plus se concentrer sur vous. Si en plus vous, vous devenez un peu imprévisible et différent d’au quotidien (si vous devenez nouveau à ses yeux), il s’intéressera encore plus à vous.

 

Un chien habitué régulièrement à travailler au milieu d’autres chiens n’y prêtera plus attention, d’où l’intérêt d’apprendre progressivement à son chien à travailler au milieu de tout et n’importe quoi (balles lancées, autres chiens, nourriture au sol, terrain de foot pas loin…).

 

Note : de la même manière, un chien peureux confronté à un environnement anxiogène sera tellement accaparé par les stimuli, tellement en vigilance par rapport à son environnement, de tout ce qu’il considère comme potentiellement dangereux, qu’il aura du mal à se concentrer sur vous, donc à apprendre, exécuter un ordre etc… (ou il se coupera de tout, y compris de vous, pour ne plus avoir à subir toutes ces stimulations anxiogènes : chien prostré). Pour eux, y’a toujours un Stallone armé d’un lance-rocket planqué dans un coin prêt à leur sauter dessus grrrr !

 

 

2ème règle d’utilisation de l’habituation :

On peut habituer son chien à plusieurs environnements (la cuisine, le terrain du club, les champs où on se balade tous les jours…)

On peut apprendre progressivement à son chien à travailler en présence de distractions diverses pour l’habituer à celles-ci et qu’il n’y fasse plus attention.

 

Deux exceptions à la règle :

 

– Une chose imprévue survient au milieu du cours : un nouveau chien qui ne ressemble pas aux autres, une bagarre qui se déclenche au loin, un coup de feu s’il n’est pas habitué et toute son attention risque de se focaliser dessus. (La porte qui claque dans notre salle de réunion)

 

– Il est tombé amoureux de la secrétaire. Euh enfin, vous êtes tombé amoureux de la secrétaire. Si elle est laide et inintéressante au possible, passé les premiers jours, vous ne prendrez même plus la peine de voir lors de votre réunion hebdomadaire qu’elle a des cheveux blonds. Si c’est une bombe et que vous êtes follement amoureux, même 3 mois plus tard, vous continuerez à ne regarder qu’elle pendant la réunion au lieu d’écouter votre boss, et vous continuerez à fantasmer sur ses longs cheveux blonds.

Pour votre chien, s’il découvre une gratification très importante dans un des stimuli : genre yeahhhhhh c’est super chouette, au club on peut jouer avec les autres chiens sur le terrain et faire ce qu’on veut. Il y a de fortes chances qu’il reste fixer dessus quand vous voudrez le faire obéir en présence de ces mêmes chiens, sur le terrain, 10min après.  A nous de faire en sorte, que ce soit nous le plus chouette ^^ et la seule chose sur laquelle il a à se concentrer.

 

Vous pouvez ouvrir les yeux. Notre voyage dans le monde de l’habituation est terminé pour aujourd’hui. Bon atterrissage.

 

 

 

 

 

 

5 réflexions sur « L’HABITUATION EUH.. C’EST QUOI ? »

  1. Excellent, comme d’hab. En effet, c’est bien ça, moi aussi je reste inconsciemment dans ma cuisine pour tout nouvel apprentissage. Le coup de faire les exercices mieux maîtrisés lors des promenades, ça marche très bien aussi, et finalement, ça devient naturel pour le chien d’obéir à un ordre qui survient n’importe où. D’ailleurs, il ne faut pas hésiter à balancer un « pas bouger » quand ça nous arrange que le chien reste où il est, après tout, c’est bien pour ça aussi qu’il apprend tout ça. Chouette blog.

  2. sympa le nouvel article, j’avais pas vu!!
    ben moi c’est un peu ça mon problème.. ma chienne est tombé amoureuse du secrétaire de la boîte! =D
    C’est tellement plus chouette d’aller jouer avec les copains à 4 pattes que les ordres de maman, ça passe au 2nd plan…
    J’ai un peu loupé mon habituation à ce niveau là! 😉

  3. Super interessant, merci !!! C’est quelque chose qu’on sait souvent de maniere empirique, mais c’est sympa d’avoir mis un phénomène scientifique (ou pré-scientifique) dessus, merci Tit’lulu 😉

  4. Je ne connais pas assez l’école Norvégienne, mais c’est une autre forme d’habituation, là le chiot est habitué à avoir toujours plein de trucs autour de lui et à ne pas y faire attention… ce qui doit être bizarre pour lui c’est quand y’a rien.

    C’est juste un peu plus « sport » et demande certainement plus d’expériences et de techniques au maitre. Pour un maitre débutant, apprendre dans sa cuisine au début c’est plus facile loool

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