VISER LES BARREAUX DE L’ECHELLE OU LE CIEL ?

Quand on commence à s’intéresser aux disciplines canines alors qu’on débute totalement, on a tendance à se dire qu’il faut commencer petit :

 

Je vais tenter le C.S.A.U (Certificat de Sociabilité et d’Aptitude à l’Utilisation obligatoire pour concourir dans toutes les disciplines d’utilisation),

puis peut-être un brevet, et on verra ensuite si on est capable de s’essayer à un niveau 1.

 

 

Et on s’entraine d’abord au C.S.A.U. puis au Brevet, puis au niveau 1.

 

 

Les conducteurs confirmés, avec leurs jeunes chiens, procèdent autrement. Ils s’entrainent dès le départ pour le niveau le plus élevé de compétition, le chien ayant été initié aux exercices du niveau 3 bien avant de passer le C.S.A.U. ou le Brevet. Qui peut le plus, peut le moins.

 

 

Nous ne sommes pas médium, nous ne pouvons pas dire à l’avance jusqu’où pourra aller notre chien (et nous !). Certains chiens ont le potentiel pour accrocher le plus haut niveau, d’autres non, certains maitres ne parviendront pas à sublimer les qualités de leur chien, d’autres réussiront à l’emmener au-delà de toutes espérances. On ne peut jamais savoir où on s’arrêtera. On essaie juste tous d’aller le plus loin possible, au maximum de notre potentiel. Mais on vise le ciel !

 

 

 

Une question de définition d’objectifs.

 

Les barreaux de l’échelle sont trompeurs, ils ne sont pas l’outil, ils ne sont pas l’objectif, mais juste le chemin à emprunter. On peut décider de s’arrêter à mi-chemin, quand pris de vertige ca devient trop haut pour nous, mais pour réussir à grimper, il faut regarder vers le haut. Si on regarde vers le bas, surtout si on a peur du vide, on réussira peut être à monter, mais ce sera beaucoup plus difficile.

 

Il existe une analogie que j’aime bien, c’est celle de l’apprentissage d’un morceau au piano. Il y a quelques années, j’ai découvert sur le net, une méthode ou plutôt une réflexion sur l’apprentissage du piano, à télécharger gratuitement, http://www.pianopractice.org/ : . Un passage m’a frappé et je trouve qu’il correspond bien à notre problème de définition d’objectifs. Je le cite en anglais pour ne pas détourner sa pensée et je traduis (enfin j’essaie):

 

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Why is repetitive slow play (intuitive method) harmful when starting a new piece ? When you start, there is no way of knowing whether the slow play motion you are using is right or wrong. The probability of playing incorrectly is nearly %, because there is almost an infinity of ways to play incorrectly but only one best way. When this wrong motion is speeded up, the student will hit a speed wall. Assuming that this student succeeded in overcoming the speed wall by finding a new way to play, he will then need to unlearn the old way and relearn this new play, and keep repeating these cycles for each incremental increase in speed until he reaches the final speed.
Thus the method of slowly ramping up the speed can waste a lot of time.

Let’s look at an example of how different speeds require different motions. Consider the horse’s gait. As the speed is increased, the gait goes through walk, trot, canter, and gallop. Each of these four gaits usually has at least a slow and fast mode. Also, a left turn is different from a right turn (the leading hoof is different). That’s a minimum of 16 motions.[…]
Our hands are therefore capable of performing many more « gaits » than a horse. […]

Ramping up a slow play in piano is like forcing a horse run as fast as a gallop by simply speeding up the walk – it can’t be done because as the speed increases, the momenta of the legs, body, etc., change, requiring the different gaits. […]
If you know how to play fast, it is safe to play slowly, but if you don’t know how to play fast, you must be careful not to learn the wrong slow playing habits or to end up wasting tremendous amounts of time.

 

Pourquoi la répétition du jeu lent (méthode intuitive) est nocive au démarrage d’une nouvelle pièce ? Lorsque vous commencez, il n’y a aucun moyen de savoir si le type de mouvement de jeu lent que vous utilisez est bon ou mauvais. La probabilité de jouer de manière incorrecte est proche du 100%, car il existe quasiment une infinité de manières incorrectes de jouer, contre une seule bonne manière. Quand ce mauvais mouvement est accéléré, l’étudiant rencontrera un mur de vitesse. En supposant que cet étudiant réussisse à surmonter le mur de vitesse en trouvant une nouvelle façon de jouer, il aura ensuite besoin de désapprendre l’ancien, pour réapprendre le nouveau jeu, et ne cessera de répéter ces cycles pour chaque augmentation progressive de la vitesse, jusqu’à ce qu’il atteigne la vitesse finale. Ainsi la méthode d’augmentation progressive
de la vitesse peut faire perdre beaucoup de temps.

Prenons un exemple de la façon dont les différentes vitesses nécessitent des mouvements différents. Regardez la marche du cheval. Quand la vitesse est augmentée, la démarche passe du pas, au trot, au galop, au triple-galop. Chacune de ces 4 allures possèdent habituellement au moins un mode lent et un mode rapide. En outre, un virage à gauche est différent d’un virage à droite (l’attaque du sabot est différente). Cela donne au minimum 16 mouvements différents. […] Nos mains sont donc capables d’accomplir beaucoup plus « d’allures » qu’un cheval.[…] Accélérer un jeu de piano lent, c’est comme forcer un cheval à courir aussi vite qu’au galop en accélérant juste le pas – c’est impossible, car, à mesure que la vitesse augmente, la quantité de mouvements des pattes, du corps, etc…
change et requiert différentes allures. […]

Si vous savez comment jouer vite, il n’y a pas de danger à jouer lentement, mais si vous ne savez pas comment jouer vite, vous devez faire attention à ne pas prendre de mauvaises habitudes de jeu lent ou vous gaspillerez une énorme quantité de temps.

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Je suis convaincue que l’on se trouve face au même problème dans les disciplines canines. Se concentrer sur un échelon puis un autre et attendre d’avoir réussi un échelon pour apprendre le suivant, revient à jouer lentement du piano et à augmenter progressivement la vitesse sans connaître la vitesse de jeu finale. Evidemment, chaque apprentissage nécessite une progression et on ne demandera pas la même chose à un chiot ou à un adulte. On ne commencera pas par un « coucher » à 20m comme pour des positions à distance, ou par un coucher pendant la marche pour les positions dans le carré, on commencera par apprendre à son chiot à se coucher. Une étape après l’autre, on augmentera le niveau de difficulté, comme l’étudiant au piano augmente sa vitesse de jeu.

 

Mais pour ne pas gaspiller du temps, pour ne pas apprendre et désapprendre sans cesse, pour ne pas prendre des mauvaises habitudes, il faut dès tout chiot savoir ce qu’on veut obtenir à haut niveau pour travailler progressivement dans l’esprit du haut niveau, dans l’esprit de l’idéal à atteindre. Si on sait où on va, que les objectifs à atteindre pour chaque exercice sont clairs, on peut se permettre de travailler un barreau de l’échelle après un autre, si on ne sait pas ce qu’on veut obtenir exactement, on risquera plus d’apprendre au chien de mauvaises habitudes et de perdre ainsi beaucoup de temps à les déconstruire.

 

Parce qu’il y a une infinité de façons pour un chien de se coucher et que pour chaque discipline, une seule est recherchée. Si on ne sait pas qu’elle est la bonne, on a beaucoup de chances de se tromper. Si on ne sait pas qu’en Obéissance, un coucher est un coucher en sphinx, le chien sous tension, exécuté avec joie et vitesse, en regardant son maitre, sans jamais avancer, est un couché-tombé pour donner encore plus une impression de vitesse, et qu’au final ce n’est même pas considéré comme une position en soi mais qu’on doit le regarder sous l’angle d’un enchainement de positions (le coucher à partir d’un assis étant différent d’un coucher à partir d’un debout), comment ne pas apprendre des bêtises à son chien ? Cela n’aura peut-être que très peu d’incidences dans les niveaux inférieurs (encore moins au C.S.A.U. qui est le même pour toutes les disciplines d’utilisation alors que chacune a ses exigences propres), mais dès qu’on voudra franchir un niveau supérieur, on se heurtera à un mur qu’il faudra parfois plusieurs mois à franchir, et qui parfois restera infranchissable (il n’est pas forcément facile de ramener de la vitesse ou de la joie par exemple). Autant commencer en se mettant sur les bons rails, d’autant que ce n’est pas plus difficile à apprendre pour le chien. Lui ne fait que suivre nos indications, et répéter les comportements qu’on récompense, à nous de ne récompenser que les bons.

 

 

Alors, informez-vous sur l’esprit de la discipline dont vous rêvez, documentez-vous, faites confiance aux conducteurs confirmés pour vous coacher, soyez curieux, sachez où vous allez !

 

 

Qui peut le plus, peut le moins.

 

 

Lors d’une discussion au cours d’un entrainement, j’ai raconté qu’en été j’apprenais à mes chiens à faire des positions dans les rivières. A quoi ca sert m’a-t-on répondu ? Y’aura jamais de rivières en concours ! C’est vrai, ne pratiquant pas le campagne, je ne pense pas qu’un juge soit assez tordu pour demander à un club de creuser une rivière en plein milieu de son terrain. Tout au plus, mes chiens trouveront des flaques d’eau en concours. Pourtant je continuerai à travailler mes chiens dans les rivières, car qui peut le plus peut le moins.

 

Je veux avoir de la marge, je ne veux pas arriver en concours en ayant la peur au ventre parce que mon chien connaît tout juste les exercices demandés. Je veux que les exercices demandés en concours soient faciles pour lui par rapport à ce qu’on travaille régulièrement, qu’il se dise « Hé, je sais faire ca moi, trop facile maitresse, regarde, je maitrise». Si mon chien maitrise la difficulté des exercices demandés en niveau 2, pour lui un brevet ce sera « fingers in the nose » (même s’il faut lui remontrer pendant 2/3 séances le niveau du brevet pour qu’il ne soit pas surpris par le manque d’opposition de l’homme d’attaque en ring, ou la linéarité des parcours de degré 1 en agility qui augmente la prise de vitesse). Si mon chien sait faire des positions à distance dans une rivière, se coucher dans une flaque d’eau ou de l’herbe mouillée sera facile, et faire des positions à distance sur un beau gazon tout sec sera encore plus facile. Ainsi, dès tout petit, avant même de passer le brevet en ring, on commence à montrer à nos chiens ce qu’est une couverture ou un barrage au bâton, même s’il ne le verra pas avant le niveau 2. Et ainsi, j’apprends à mes chiens à faire des positions dans les rivières, même si c’est une situation qu’il ne rencontrera jamais dans sa carrière.

 

On dit souvent qu’on doit préparer le chien à ce qu’il va rencontrer en concours, c’est vrai. Mais je suis persuadée qu’il faut le préparer au-delà de ce qu’il risque de rencontrer en concours pour pouvoir assurer en concours.

 

 

Un des principes des lois de l’apprentissage dit :

 

« Si tu ajoutes une difficulté à un exercice, tu dois en diminuer une autre »

 

 

Exemple : j’apprends le pas bouger à mon chien dans mon salon, il peut rester 5min sans bouger d’un poil, je peux me cacher derrière mon armoire, il ne bougera pas. Il maitrise. Si je vais au parc et que je lui demande le même pas bouger (maitre caché, pendant 5min), il y a de grandes chances pour qu’il échoue. Parce qu’au parc, il y a des odeurs, des joggeurs, des chiens. Si je veux l’aider à réussir, je baisserais mon niveau d’exigence et lui demanderais un pas bouger de 20 secondes, en restant proche de lui et petit à petit je raugmenterais la difficulté jusqu’à pouvoir demander la même chose qu’à la maison.

 

Pour moi, un concours est une difficulté en soi. La foule, le bruit, les autres chiens, l’excitation, le stress du maitre, les odeurs, l’enchainement des exercices sans récompense ou sanction, le terrain différent, font que ce sera toujours plus compliqué que bien tranquille à la maison. Je ne peux pas diminuer la difficulté des exercices pour compenser les difficultés environnementales en aidant le chien comme je le fais lors de l’apprentissage (je ne peux pas récompenser fortement, leurrer à nouveau ou guider avec un geste, demander des positions à côté de moi et pas à 20m), le règlement me l’interdit. Alors je prends le contrepied, j’augmente la difficulté des exercices en cours d’apprentissage à la maison et sur le terrain d’entrainement, pour pouvoir baisser artificiellement cette difficulté jusqu’à parvenir au niveau demandé, en concours. Je me construis une marge d’erreur. Qui peut le plus, peut le moins.

 

Et surtout, n’oubliez pas, visez le ciel, visionnez les vidéos des champions,

Observez leurs gestes, les détails et soyez inspiré !

Parce que c’est beau de rêver et c’est ce qui permet d’avancer !

 

1 réflexion sur « VISER LES BARREAUX DE L’ECHELLE OU LE CIEL ? »

  1. Je me reconnait bien dans tes propos … Disons que je n’ai pas la prétention ni l’envie aujourd’hui de « pousser » en niveau 3 d’OB… Pourtant j’ai la curiosité qui me démange… je voudrai passer le brevet d’OB, et puis si il s’en sort « bien » pourquoi pas essayer un niveau 1…

    On se prend vite au jeu une fois dedans (je le constate dajà avec le troupeau et l’agility) mais si l’on a pas la « chance » de pouvoir observer et aimer tout se suite on y va à taton…

    De la même façon qu’on commence à aller en club pour avoir un assis, un couché et un rappel…et que l’on se retrouve à faire plein d’activités sportives avec son chien…

    Je suis d’ailleurs en galère pour avoir un plat digne de ce nom avec un chien qui a pris tous les défauts que j’ai pu lui apporter !!

    Il y a souvent 2 cas : le chien avec qui on découvre toutes les possibilités (souvent le premier chien) et le chien qui sera « désigné » pour une activité plutot qu’une autre.

    En tout cas j’aime beaucoup ton petit site 🙂

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