DANS LA JUNGLE DE L’EDUCATION CANINE

Ou pourquoi on nous explique tout et son contraire suivant l’éducateur questionné ? 

 

 J’ai souvent eu l’occasion de discuter avec des maitres un peu dépassés, ne sachant plus qui croire ou ne pas croire, quels conseils suivre ou pas et pourquoi diable tout le monde leur répondait tout et son contraire.

 

La raison en est simple, et pourtant elle est rarement abordée sur les terrains des clubs canins. Comme pour la pédagogie humaine où coexistent plusieurs courants de pensée et plusieurs écoles dont s’inspirent les enseignants et autres formateurs (pédagogie Freinet et les écoles Freinet étant l’alternative la plus connue à l’enseignement académique des établissements scolaires publics), il existe plusieurs courants de pensée, plusieurs écoles dont découlent plusieurs méthodes différentes. Chaque éducateur/moniteur, chaque club ou même chaque discipline étant plus fervente de l’une ou de l’autre.

 

Tentons un peu de s’y retrouver dans cette jungle.

 

On oppose en règle générale, deux grands courants dans l’éducation canine. Les méthodes dites traditionnelles, et les méthodes dites positives avec entre les deux, une multitude d’interprétations et de savoir-faire possibles. Ce topo n’est d’ailleurs que mon expérience et mon interprétation personnelle des dites méthodes dont je ne prétends nullement maitriser tous les rouages.

 

LES MÉTHODES DITES « TRADITIONNELLES »

 

Pour faire simple sans rentrer dans le détail des théories de l’apprentissage (ca sera pour une prochaine fois sinon cet article fera 40 pages), elles sont basées sur :

 

la récompense des comportements souhaités

et la sanction des comportements non souhaités.

 

Concrètement, si nous prenons l’exemple de l’apprentissage du assis :

Le chien debout à côté de nous, on va l’aider à effectuer un mouvement de bascule vers l’arrière. On donne l’ordre assis puis on a 2 manières de procéder : une main sur le poitrail et une sur les fesses du chien, la main sur le poitrail pousse vers l’arrière pendant que l’autre main appuie sur les fesses du chien. Ou, une main tient la laisse et tire vers l’arrière parallèlement au sol pendant que l’autre main appuie sur les fesses. Une fois que le chien est assis on félicite et récompense (assis c’est bien, assis c’est bien). Quand le chien commence à connaitre l’ordre, on va dire assis et féliciter s’il s’exécute, ou dire assis et sanctionner (soit en appuyant sur les fesses du chien, soit en donnant une saccade sur la laisse vers l’arrière) s’il n’obtempère pas, avant de féliciter une fois dans la bonne position.

 

Récompense et sanction :

 

La sanction doit être donnée au bon moment pas une seconde avant ou après, et doit être juste et dosée en fonction du chien et de la faute. La sanction doit être donnée dans le calme, ce n’est pas un moyen d’exprimer sa colère et de se défouler, le chien ne comprenant qu’une chose à la colère : mon maitre est un incompétent qui ne sait pas se maitriser. Si elle est trop forte, le chien perdra confiance en son maitre, et risque de se bloquer par peur (ou de se défendre également par peur). Si elle est trop faible, elle ne servira à rien et pourra être répétée 20 fois sans que le comportement du chien évolue au risque d’apprendre en plus au chien à supporter de plus en plus la contrainte et de rentrer dans le cercle vicieux de l’escalade. Une saccade avec un collier étrangleur ne fait rien, je passe au collier à piques puis quand le chien y est habitué au collier électrique etc… Il vaut mieux une sanction légèrement plus forte avec un chien qui comprend tout de suite qu’une sanction un peu trop faible répétée X fois qui habitue le chien à ne pas en tenir compte. A noter que les « vraies » saccades ne sont pas une histoire de force, et n’ont pas pour but d’asphyxier le chien en l’étranglant, c’est juste une technique, qui, quand elle est maitrisée, permet de mettre une suite en laisse en deux-trois saccades maximum même avec un collier plat. L’image des chiens tournant pendant des heures en tirant sur leur collier étrangleur à en perdre le souffle n’est le fait que d’une mauvaise utilisation de l’outil (la laisse ne devant par exemple jamais être tendue, donc le collier étrangleur ne se serre que pendant le ¼ de seconde où la saccade est donnée pour se re-desserrer dans le ¼ de seconde suivant), et d’une mauvaise compréhension de la méthode qui s’est diluée au fur et à mesure des transmissions (un peu comme certains utilisent le clicker comme un sifflet, ou en ne récompensant pas à chaque click). Il y a aussi des mauvais maitres et des cons partout, ce n’est pas la méthode qui est en cause mais la bêtise humaine.

 

La récompense est trop souvent oubliée. J’assiste régulièrement aux cours d’éducation du club où je pratique le ring et qui travaille en méthode traditionnelle et je suis sidérée du nombre de fois où les éducateurs doivent répéter « félicite ton chien, dis lui que c’est bien, récompense » sans que les gens le prennent en compte. Évidemment, on passe plus vite que dans les méthodes positives, en mode « récompense aléatoire » vu que la phase de leurring est zappée, mais ça ne veut pas dire que la récompense n’existe pas dans l’apprentissage. J’ai lu une fois dans un forum, un utilisateur dire qu’il avait pour principe de toujours offrir à son chien une récompense à la hauteur de la sanction utilisée. Je trouve ça très vrai. Le chien doit aussi se régaler.

 

Les outils :

 

Les outils privilégiés des méthodes traditionnelles vont être la laisse et la manipulation physique du chien ce qui suppose donc d’habituer son chiot très jeune à être manipulé dans tous les sens, et à être à l’aise avec la laisse pour que ce ne soit pas un frein à l’apprentissage.

 

A ce sujet, il est de coutume de dire que cette méthode n’est pas adaptée aux chiens sensibles et notamment aux chiens mal à l’aise avec le contact. Cela parait à première vue totalement sensé et logique vu que la majorité de l’apprentissage est notamment basé sur le contact physique. Mais quid de l’inné et de l’acquis ? Un chien mal à l’aise avec le contact pourra-t-il devenir à l’aise avec celui-ci si on ne lui apprend pas à le supporter ? Chaplin mon bearded avait peur des gens qui élevaient la voix quand il était petit. La première fois qu’on est arrivé comme spectateur dans un concours en ring, il regardait les autres spectateurs qui riaient, se disaient bonjour en parlant fort et en se donnant des tapes dans le dos comme des extra-terrestres et si mon frère avait le malheur d’élever la voix à la maison, il partait se planquer. Normal ! Il a été éduqué en méthode positive, c’était un chiot facile à vivre et je n’ai donc quasi jamais levé la voix en sa présence. Comme je vis seule, il n’a pas eu l’occasion non plus de me voir me disputer ou lever la voix sur quelqu’un d’autre que lui. Il ne savait juste pas ce que c’était. J’ai donc pris le taureau par les cornes, et j’ai travaillé pour qu’il s’y habitue, faisant exprès chez moi de parler très fort. Aujourd’hui, quand mon frère lève la voix (y compris pour le réprimander), Chaplin le regarde en remuant la queue genre « Hé maintenant je sais que c’est cool et que j’ai pas à m’en faire quand on lève la voix, dis tu joues avec moi alors ». Bon ok, il a pas tout compris loool MAIS il a appris à supporter une chose qu’il ne supportait pas au départ. Pour moi, la méthode n’est en fait pas adaptée aux chiens qui n’ont pas une confiance aveugle et un attachement très important à leur maitre pour supporter la contrainte et aux chiens qui n’ont pas été habitués à être manipulé (via le toilettage, les papouilles, les jeux de bagarre). Mes chiens actuels sont éduqués selon la méthode positive, mais j’estime qu’ils doivent pourtant être capable de supporter que j’appuie sur leurs fesses, que je mette la main sous le ventre, que je les pousse, les tire, les prenne par les pattes sans se mettre à trembler ou avoir la queue entre les pattes. Parce que se laisser manipuler fait aussi partie de la vie.

 

Cette parenthèse mise à part, comme tout outil, petit à petit, à mesure que le chien progresse, on enlève les manipulations et la laisse (en passant par une phase intermédiaire avec une petite cordelette légère qu’on laisse au cas où mais que le chien sent moins qu’une laisse et un collier donc peut oublier), et on récompense de plus en plus à la voix.

 

Un ordre est un ordre :

 

C’est pour moi LA différence fondamentale entre les deux courants et ce qui oblige donc notamment à repenser dans sa globalité sa manière d’interagir avec son chien. Les méthodes traditionnelles sont des méthodes « réactionnelles » : le chien fait bien, on récompense, il fait mal, on sanctionne. On réagit dans l’instant à ce que fait ou ne fait pas le chien en lui signifiant que c’est bien ou mal. Toutes les situations, tous les apprentissages peuvent se résumer à ces deux choses, ce qu’on veut et ce qu’on ne veut pas, et ainsi, on est jamais pris au dépourvu, on sait toujours quoi faire : récompenser ou sanctionner.

 

Quand on donne un ordre, on récompense si le chien s’exécute, s’il ne le fait pas, pas besoin de répéter l’ordre au risque que le chien s’habitue à n’écouter qu’au 10ème ordre, on sanctionne. On verra que c’est un peu plus compliqué pour les méthodes positives.

 

La dernière chose que ce principe suppose c’est qu’un ordre est un ordre quelque soit le lieu, les distractions, l’état du chien (énervé, excité, agressif, terrorisé). On se fiche de savoir s’il est à l’aise ou non, s’il est terrifié ou non, s’il est dans un état d’excitation tel qu’il a du mal à se concentrer, qu’il y a une flaque d’eau là où on veut qu’il se couche, que des chiens courent à côté. S’il n’obéit pas à cause d’un de ces paramètres, la réaction est simple, on le sanctionne pour l’obliger à obéir malgré ces paramètres. La seule chose qu’on prend en compte c’est s’il obéit ou pas.

 

La hiérarchie :

 

Ce serait trop long de développer ici, mais comme c’est un point de divergence entre les deux courants, il me paraissait important de le souligner. Pour résumer très grossièrement, la majorité des méthodes traditionnelles sont basées sur un concept hiérarchique de dominant-dominé. C’est la loi du plus fort mentalement et physiquement auquel doit obéir aveuglément le dominé.

 

Pour en savoir plus :Les méthodes traditionnelles : un livre gratuit à télécharger –  l’art du ring

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LES METHODES DITES POSITIVES

 

Ces méthodes sont fondées sur :

 

la récompense des comportements souhaités

et l’ignorance des comportements non souhaités.

 

Pour reprendre l’exemple de l’apprentissage du assis, il y a 2 grandes manières de procéder :

La première : sans dire un mot ou faire un geste pour le guider, le chiot face à nous s’assoit de lui-même. On récompense de suite en y collant l’ordre associé « assis c’est bien, oui assis ». On utilise ici ce que propose naturellement le chien. S’il voit qu’il reçoit une récompense en s’asseyant, il y a fort à parier qu’il va vouloir retenter le coup pour voir s’il peut recevoir une nouvelle récompense. Si on récompense encore, il va se mettre à s’assoir de plus en plus souvent. Ainsi s’il s’asseyait 20 fois par jour sans qu’on le récompense, voyant qu’il est récompensé il va se mettre à s’assoir 200 fois par jour. Comme l’association d’un mot/ordre avec un comportement est liée au nombre de répétitions, il apprendra plus vite que le mot assis est associé à l’action de mettre les fesses par terre, s’il le voit 200 fois par jour et non 20 fois. S’il propose autre chose pendant l’apprentissage : se coucher, se gratter, aboyer, on ignore, ca ne nous intéresse pas pour le moment, le chien préférant proposer les choses récompensées, il finira par s’assoir plus souvent qu’il ne se grattera.

On peut aussi guider le chien pour obtenir le assis. C’est ce qu’on appelle le leurring (leurre). En fait, on tient dans la main une friandise ou un jouet, et avec notre mouvement, tel un marionnettiste, on va amener le chien à prendre la position qu’on veut, la main tenant la récompense agissant comme un fil invisible pour guider le chien. Pour le assis, chien face à nous, on va mettre la main au niveau de son museau et la lever légèrement au dessus de lui un peu en arrière. Pour la suivre le chien va lever la tête et basculer en arrière… sur ses fesses ! Bingo il est assis ! On récompense en associant le mot « assis ». Tout l’intérêt est de bien leurrer le chien, de faire le bon geste pour le guider. Si on se trompe et que le chien fait autre chose parce qu’il ne sait pas encore, on ne dit rien, on continue de le guider jusqu’à obtenir ce qu’on veut récompenser. Dans les deux cas, on travaille sans laisse ni collier, la récompense est notre seul outil.

A noter que ces deux manières de procéder peuvent être renforcées avec le clicker et qu’il existe une troisième méthode d’apprentissage en méthode positive qu’on nomme « shaping » mais j’y reviendrais prochainement.

 

Récompenser et ignorer :


On récompense ici énormément, n’hésitant pas à répéter le même comportement 50 fois et à donner 50 fois une friandise par séance. La peur habituelle des gens est que le chien n’obéisse QUE pour la friandise et n’obéisse plus dès qu’elle disparait. En fait, je n’ai décrit ici que les toutes premières étapes de l’apprentissage. Par la suite, on doit apprendre au chien à se passer progressivement de la récompense (en récompensant toujours aléatoirement une fois de temps en temps pour que le chien ne sache jamais si oui ou non il va l’avoir cette fois ci). D’abord, on continue par exemple à leurrer le chien avec l’odeur de la friandise dans la main, mais la récompense arrive de l’autre main qui va piocher la friandise dans un sac sur une étagère. Ensuite, on fait la même chose sans l’odeur dans la main. Puis on enlève le geste du leurring en le diminuant progressivement. Puis on ne récompense plus toutes les réussites mais 9 sur 10, puis 5 sur 10, puis 2 sur 10 etc… jusqu’à récompenser qu’épisodiquement et aléatoirement. Si on suit rigoureusement les choses, et si on apprend très jeune au chien à diversifier les types de récompense (une fois une friandise, une fois le jouet etc…), le chien apprend facilement à obéir sans. Tout comme la laisse, la récompense n’est qu’un outil d’apprentissage dont on cherche à terme à se passer (même si faut de temps en temps une piqure de rappel comme avec la laisse).

 

Ignorer les comportements non-souhaités. Dans une séance d’apprentissage spécifique, le concept est très simple. Je veux apprendre le assis à mon chien, je ne récompense que le assis. S’il se couche ou fait une révérence, ca ne m’intéresse pas pour le moment, je dis rien, je fais rien, j’attends qu’il fasse autre chose ou le guide pour qu’il fasse autre chose. Mais la vie quotidienne n’est pas toujours une séance d’apprentissage spécifique. Il y a des situations où l’application reste simple comme  pour le chien qui saute sur les visiteurs : il saute, aboie, fait le fou, on ne dit rien, on ne lui parle pas, ne le caresse pas. S’il s’assoit, on félicite et on le caresse. Il n’est pas fou, si sauter, aboyer n’apportent pas de caresses alors que s’assoir permet d’en avoir, le prochain coup, il s’assiéra encore plus vite pour gagner ses caresses. A noter que cela ne fonctionne QUE si personne ne le caresse alors qu’il saute et fait le fou et QUE si tout le monde attends qu’il s’assoit pour le récompenser avec des caresses. La cohérence étant encore plus importante dans les méthodes positives.

Il y a d’autres situations où ce n’est plus un comportement non-souhaité mais un mauvais comportement. Un chien qui va agresser un autre chien, ce n’est pas un comportement non-souhaité qu’on peut ignorer, mais un mauvais comportement dont on ne veut pas. La distinction est difficile mais essentielle. Et tout l’art alors dans ce dernier cas, sera de ne pas en arriver à la situation « je suis en train d’agresser un autre chien » pour ne pas avoir à sanctionner à défaut de pouvoir l’ignorer (ici ignorer est impossible vu que le chien gagnera sa récompense tout seul en agressant – voir plus loin le concept de l’auto-récompense).

 

 

Savoir donner l’ordre :

 

Le fait de devoir ignorer les comportements non-souhaités va devoir complètement transformer votre manière de donner des ordres et votre conception de la vie avec votre chien. Là où les méthodes traditionnelles étaient de type réactionnelles, les méthodes positives sont des méthodes d’anticipation. Cela suppose plusieurs choses :

 

On ne doit donner un ordre que quand on est sûr à 100% qu’il sera obéi, si on n’est pas sûr alors il faut aider le chien pour augmenter le pourcentage de réussite possible (en le guidant avec le geste, en réintroduisant un leurre : on diminue la difficulté de l’exercice demandé face à l’augmentation d’une difficulté environnementale), ou ne pas donner d’ordre.

C’est une partie de bluff qui s’engage entre vous et votre chien. Il ne doit jamais savoir qu’il est possible de vous entendre dire un ordre, de ne pas y obéir et qu’il ne se passe rien (et selon le principe de l’ignorance il ne se passe rien). L’habituer à entendre répéter des ordres qu’il n’exécute pas c’est l’habituer à ne pas obéir et ca, on ne peut décemment pas se le permettre. Il faut donc tricher, les ordres qu’on donne sont précieux, à nous de savoir les donner que quand on sait qu’ils vont être suivis, jamais si on sait qu’il y a de grandes chances pour qu’ils soient ignorés par le chien. Ca suppose de connaitre le niveau de difficulté maitrisé par son chien pour jamais demander trop, ca suppose de savoir lire son chien pour savoir s’il est en état ou non d’obéir, ca suppose de mettre en place des alternatives dans les cas où on sait qu’on risque de ne pas être obéi (mettre une laisse pour ne pas détruire le travail fait au niveau de l’apprentissage du rappel dans les situations encore compliquées pour le chien comme le rappel à côté d’une rivière pour les chiens qui aiment l’eau), ca suppose de savoir anticiper pour voir avant son chien, les autres chiens qui vont le croiser pour rappeler alors qu’il est encore en train de se poser la question s’il y va ou non et pas quand il est en train de galoper à tout allure vers eux, ca suppose de savoir entrer en contact avec son chien avant de donner un ordre, ca suppose de travailler les problèmes rencontrés en dehors de la situation conflictuelle même etc etc…. Qui a dit que les méthodes positives étaient une partie de plaisir ?

 

Ignorer demande aussi de savoir décaler l’ordre pendant l’apprentissage. Je l’ai évoqué pendant l’exemple mais je ne suis pas sûre qu’on y prenne garde. Comme c’est important, je préfère en reparler. Dans les méthodes traditionnelles, on donne l’ordre puis on avise. Dans les méthodes positives, au début de l’apprentissage, on ne donne l’ordre qu’au moment où le chien est en train de s’exécuter. Si le chien est assis, on peut dire assis sans craindre qu’il ne s’exécute pas vu qu’il est déjà assis. Petit à petit on va décaler l’ordre, on va dire assis juste un peu avant que les fesses touchent par terre (parce qu’on est sur qu’elles vont toucher terre et que le chien ne va pas se relever), puis encore un peu plus avant, puis juste quand le chien va basculer le poids de son corps vers l’arrière etc… jusqu’à pouvoir donner l’ordre avec certitude avant même que le chien commence à s’exécuter.

 

La dernière chose induite par le concept d’ignorer les comportements non souhaités c’est la prise en compte des difficultés environnementales. Ici on est obligé de tenir compte de l’environnement, du niveau de distractions (obéir chez soi, ce n’est pas comme obéir dans le jardin, un parc avec quelques personnes, au milieu d’une foule, avec des chats autour, chaque chien ayant sa propre échelles de difficultés liées aux distractions), de l’état du chien (peur, excitation). On est obligé d’en tenir compte parce qu’elles influent énormément sur le pourcentage de réussite possible et peuvent faire chuter la certitude que notre chien va obéir (donc la possibilité même de donner l’ordre). A quoi sert de rappeler son chien qui court après le chat si on est sûr qu’il ne nous écoutera pas, et qu’on ne peut même pas le sanctionner pour ca (pour associer le fait de désobéir à quelque chose de désagréable), à part à réduire la force de son rappel, à rien. Il faut donc travailler ces situations une à une, via l’habituation progressive. Un chien a du mal à travailler avec ses congénères proches de lui, ok, il y arrive s’ils sont à plus de 10m, bien on va commencer à travailler avec des congénères à 10m, quand ca deviendra facile, on réduira la distance entre nous et eux à 5m, et ainsi de suite jusqu’à réussir à bosser à 1m les uns des autres. Le but étant d’augmenter le seuil de tolérance du chien. Un chien a peur des hauts parleurs, il va falloir travailler d’abord sur les raisons de sa peur et le désensibiliser avant de pouvoir lui demander de travailler dans ce contexte. Un chien s’excite trop pour pouvoir se concentrer, il va falloir d’abord travailler sur sa capacité de concentration et sur ce problème d’excitation.

 

Le problème de l’auto-récompense.

 

On l’a vu, la récompense d’un comportement va augmenter son apparition. Le problème c’est qu’une récompense n’est pas forcément une friandise ou une balle dont on peut contrôler le fait qu’elle soit donnée ou non. Une récompense est par définition, ce que veut le chien le plus au monde à cet instant T. Ca peut être une balle, un bout de gruyère, mais ca peut être aussi qu’on lui enlève sa laisse et lui donne le droit de gambader, le droit d’aller jouer avec un autre chien, le droit de continuer le parcours d’agility etc etc… Tout comme ca peut être le fait de se battre avec un autre chien, de courir après un chat, d’attraper un lapin en forêt, ou plus pernicieux encore d’obtenir notre attention.

 

Si je veux apprendre à mon chien à ne pas toucher la viande qui est au sol. Je peux parfaitement récompenser fortement le fait qu’il ignore le bout de viande et détourne les yeux de celui-ci, et ignorer ses autres comportements. Mais s’il arrive à attraper et manger le bout de viande, il aura gagné seul sa récompense, je ne peux donc pas ignorer l’action « voler le bout de viande ». Si je ne veux pas le sanctionner pour le fait de voler de la viande, et juste le récompenser pour le fait de détourner le regard, selon les principes des méthodes positives, il faut que je me débrouille comme je veux mais que l’action « voler le bout de viande » soit tout simplement impossible à réussir (je la tiens dans ma main que je ferme avant qu’il l’atteigne, je mets le pied dessus etc..) pour que mon chien ne sache jamais qu’il est possible de s’auto-récompenser ainsi et/ou que ma récompense soit plus forte que son auto-récompense possible (je lui donne un bout de viande en récompense s’il touche pas à une croquette et pas l’inverse).

 

C’est plutôt facile à mettre en œuvre pour cet exemple du refus d’appât. Mais je vous laisse cogiter pour tous les exemples d’auto-récompense problématiques que j’ai cité au dessus et sur le nombre de situations où l’auto-récompense entre en jeu sans en avoir conscience ^^

 

Pas de sanction = no limit tout est permis

 

C’est une confusion fréquente souvent due aux mauvaises raisons qui conduisent aux méthodes positives. Ce sont des méthodes douces et gentilles, c’est ce qui convient à mon doudou d’amour, je ne veux pas être méchante avec lui, je veux qu’il m’aime (et je ne m’étendrais pas ici sur l’anthropomorphisme). Je ne veux pas non plus lui mettre des limites, des interdits, lui donner un cadre, à mon pauvre kiki d’amour, faudrait pas que je le traumatise.

 

En fait, les chiens sont des animaux de meute, meute régie par des règles sociales bien définies pour que ca ne soit pas l’anarchie. C’est naturel pour un chien, il en a même besoin. A ne pas vouloir donner de limites, de règles, de cadre à son chien, on le laisse dans un flou dévastateur ne conduisant pas au bonheur de kiki, mais aux problèmes comportementaux signe d’un mal-être.

 

Il faut donner des règles et un cadre à son chien pour qu’il soit bien dans ses pattes. La seule différence entre les méthodes traditionnelles et les méthodes positives, ce n’est pas l’absence de limite, mais la manière d’apprendre ces limites. Il ne faut pas confondre !

 

La hiérarchie.

 

Le concept de hiérarchie est ici plus basé sur la notion de leadership que sur une relation dominant-dominé. Le leader a une autorité naturelle grâce à son attitude, son calme, sa cohérence, sa justesse et sait se faire respecter. Mais il est surtout quelqu’un qu’on a envie de suivre (to lead=mener) un peu comme ces chiens que tous les autres suivent d’un coin à un autre du jardin parce que c’est eux qui savent dénicher la bonne odeur, le bon bâton pour jouer mais aussi parce qu’ils ont une assurance naturelle qui leur permet d’explorer les territoires inconnus en passant devant. Quelqu’un dont on recherche la protection. Quand un chien n’obéit pas, on n’y voit pas forcément un problème de hiérarchie, on recherche les causes possibles (la peur notamment), non pas pour donner des excuses et ne rien faire, mais travailler aux racines du problème avant de travailler en dernier lieu la hiérarchie.

 

La mise en place de la hiérarchie passe ici essentiellement par la relation et l’attachement au maitre, le fait de cultiver une attitude de leader (calme et cohérence, sécurité), le fait de savoir se positionner physiquement pour dénouer les tensions etc etc…

 

Les variantes.

 

La première méthode positive qui a débarqué en France était la méthode naturelle qui est notamment enseignée dans les clubs au sein des Ecoles du chiot.

 

Le clicker-training est une autre méthode positive que je détaillerai dans un autre article.

Pour en savoir plus en attendant :

Sur les méthodes positives : www.animalin.net

Sur la méthode naturelle :  ecole.du.chiot.free.fr

Sur le clicker-training :  http://pages.infinit.net/clicker

 

 

 

Au final, le choix d’une méthode plutôt qu’une autre va dépendre des philosophies de vie, des chiens, des maitres, des disciplines pratiquées et même parfois des situations. Le tout étant de comprendre les rouages de chacune pour ne pas juste appliquer bêtement une technique sans savoir ce que cela suppose derrière.

 

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Attention aux raccourcis !

 

On peut très vite tenter de résumer ces deux méthodes, en une méthode douce et gentille et une méthode violente et cruelle, l’une privilégiant la complicité, le travail dans la joie, l’autre la contrainte et la peur.

Il y a un peu plus de 10 ans, les méthodes dites positives ne faisaient pas encore parler d’elles en France, tous nos chiens étaient donc éduqués et travaillés en méthode traditionnelle. Mon premier chien, un bearded nommé Newton n’a pas échappé à la règle. Etait-il soumis, contraint de travailler au point de le faire sans plaisir ? Bossait-il dans la peur ? Etait-il traumatisé ? Non, rien de cela. Dès qu’il entendait un ordre donné sur le terrain par quelqu’un d’autre, il venait me voir et savait me faire comprendre que son seul désir c’était « Hé moi aussi je veux travailler », il marchait au pied avec son collier étrangleur, en sautillant gaiement à côté de moi, la queue battante, les yeux dans les yeux. Il était heureux de travailler avec moi, tout simplement.

A côté de ca, j’ai aussi rencontré nombre de chiens en méthodes positives qui suivent leur maitre à 2 à l’heure pendant que celui-ci s’échine à lui secouer un dé de jambon sous le nez, et qui tente de se barrer pour renifler ailleurs ou faire autre chose dès que le dé de jambon n’est plus là.

 

 

Parce qu’il y a une chose plus importante encore que la méthode, c’est la relation qu’on tisse avec son chien. Cette complicité sans faille qui fait qu’ils nous suivraient au bout du monde. Cela ne s’explique pas. Mais je suis convaincue que c’est ce qui fait la différence. Parce qu’au cours des 12 dernières années, j’ai expérimenté beaucoup de méthodes, et une seule chose n’a jamais changé, c’est l’envie de mes chiens. Quand on va pour se mettre à bosser, Chaplin s’assoit devant moi et tourne la tête sur le côté curieux de découvrir ce qu’on va apprendre aujourd’hui. Tout est dit à travers cette simple attitude. Il n’y a pas de secret, la complicité ne se construit pas sur une théorie, une méthode, ou même une éthique, mais sur le plaisir VRAI de partager des choses ensemble au jour le jour.

 

 

 

De la même façon, on a tendance à opposer une méthode sérieuse, à une grande récréation où le chien a le droit de tout faire. Je ne suis pas d’accord. Je connais des chiens de ring donc typiquement travaillés en méthode traditionnelle qui font ce qu’ils veulent sur un terrain, marchant à 2m de leurs maitres au lieu d’être au pied, et des chiens travaillés en méthodes positives très carrés. La rigueur ne vient pas de la méthode, mais du degré de cohérence qu’on s’impose et des objectifs que l’on se fixe. Si on décide de travailler une marche au pied réglée au millimètre près, elle sera au millimètre près quelque soit la méthode, si on décide d’avoir juste un chien qui ne tire pas en laisse mais qui peut être 10cm devant, derrière ou sur le côté, on aura un chien qui nous suivra dans un rayon de 10 cm. Si un coup on autorise le chien à tirer parce qu’on a la flemme alors qu’on lui a demandé au pied, un coup on s’échine à le garder au pied, on aura forcément une marche au pied plus olé-olé que celui qui s’impose comme discipline personnelle d’avoir toujours son chien pile poil au pied quand il en donne l’ordre. Ce n’est pas une question de méthode. Il vous appartient toujours de décider ce que vous voulez et ce que vous ne voulez pas.

 

 

 

Vous êtes les maitres de vos chiens,

mais surtout maitres de vos choix pour eux.

Ce n’est pas tant la méthode qui compte mais ce que vous en faites.

4 réflexions sur « DANS LA JUNGLE DE L’EDUCATION CANINE »

  1. bonjour,

    je viens de te lire et je dois dire que ton expérience est passionnante. dans l’attente de ma chienne, je parcours internet pour préparer son arrivée et réfléchir à la place que je veux lui donner et à la relation que je souhaite voir s’installer avec elle, et je dois dire que ton blog m’apporte des pistes pour décider de mon positionnement et m’y tenir.
    Je ne suis pas sûre d’avoir tout digéré à la première lecture et c pour cela que j’ai mis ton site dans mes favoris afin de pouvoir y revenir aussi souvent que nécessaire afin de mieux comprendre comment fonctionne le chien,de bien appréhender les différentes méthodes et faire mon choix…je dois être claire dans ma tête (et le transmettre à ma famille) avant l’arrivée de simca pour assurer une cohérence dans mes interventions.

    Dans l’attente de nouvelles lectures,

    kareen

  2. Bravo! Voilà une très belle synthèse de ce qui existe en éducation canine. Je suis moi même monitrice bénévole dans un club canin et j’avoue avoir beaucoup de mal à me tenir à une seule méthode. Depuis 20 ans les méthodes ont beaucoup évolué et je trouve qu’il y a des choses bonnes à prendre dans toutes les méthodes.
    merci.

  3. Voilà un beau résumé des deux grand courants de pensé pour les méthodes d’éducation, accessible et objectif, bravo!
    J’ai tout récemment accueilli chez moi un petit Jack Russell, et justement j’hésite beaucoup entre les deux approches.. votre article me rassure dans le fait qu’il n’y a pas fondamentalement de mauvais choix, mais juste des mauvaises façon de s’y prendre. Il est donc important de se faire guider, et c’est exactement ce que j’ai commencé avec une éducatrice du coin. Les premiers résultats sont déjà visibles sur notre petit Jerry.

    Merci beaucoup, maintenant tout est plus clair 🙂

  4. Un grand merci pour cet article très intéressant ! Je le mets en favori pour le relire à l’occasion. Heureuse de lire enfin quelqu’un qui n’est pas un(e) extrémiste de l’une ou l’autre méthode, et qui explique clairement les différences entre les deux.

    Je vais essayer de me mettre à la méthode positive, tout simplement pour être plus à l’écoute de mon chien, une femelle Border Collie de 5 ans adoptée il y a un mois en refuge. Mais ça va demander une rigueur que je n’ai peut-être pas. On verra …

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